2008 : année de crises
Calendrier européen 2009
1er janvier : début de la présidence tchèque du Conseil de l’Union européenne
7 janvier : lancement de l’année 2009 de la créativité et de l’innovation à Prague
20 janvier : investiture du nouveau président américain Barack Obama
février : examen du traité de Lisbonne par le Parlement tchèque
4 au 7 juin : élection du Parlement européen
18 et 19 juin : Conseil européen et nomination d’un nouveau président de la Commission européenne.
1er juillet : début de la présidence suédoise du Conseil de l’Union européenne
septembre : audition des futurs commissaires européens par le Parlement européen
1er novembre : entrée en fonction de la nouvelle commission
7 au 18 décembre : conférence de Copenhague sur le changement climatique
Au niveau politique, l’Europe a encore une fois connu une crise institutionnelle. Alors que l’on croyait l’épisode douloureux de l’échec de la Constitution européenne derrière nous, le « Non » Irlandais au Traité de Lisbonne est venu rappeler à la classe politique européenne et à la sphère bruxelloise que la crise de confiance des citoyens européens à l’égard d’une construction européenne qu’ils ne comprennent pas plus qu’ils ne l’aiment, est loin d’être terminée.
Au niveau environnemental, 2008 a aussi été une année de crise. Le changement climatique, dont plus personne aujourd’hui n’ose contester l’existence, amène chaque mois son lot de désastres et d’attentisme béat. La crise écologique est là, mais la prise de conscience des dirigeants européens n’est pas au rendez-vous. En effet, malgré l’accord à l’arraché habilement négocié par la Présidence française du Conseil de l’UE à la mi-décembre, tout reste à faire : les droits à polluer que l’accord octroie aux gros pollueurs vont bien au delà de ce qui avait initialement été prévu...
Une des raisons de cet accord moins ambitieux qu’initialement envisagé vient de la troisième crise de cette année 2008 : la crise financière et économique mondiale. Quelques mois après la crise des subprimes, comme l’avait prévu les économistes les plus avertis, les effets de la crise immobilière se sont faits sentir sur les marchés financiers et bancaires avant de toucher, ces dernières semaines, l’économie réelle. Consommation et investissement en berne, remontée du chômage... un air de morosité plane sur cette fin d’année 2008. Les efforts déployés par le Président Sarkozy et un certain nombre de chefs d’Etat et de gouvernement doivent être salués même s’ils n’auront probablement pas suffi à atténuer les effets réels de la crise sur l’économie européenne mais aussi et surtout sur le moral des ménages européens.
2009 : année européenne de la créativité et de l’innovation...
Si 2008 a été l’année des crises, qu’en sera-t-il de 2009 ? La Commission européenne a répondu à cette question il y a déjà plusieurs mois : 2009 sera l’année européenne de la créativité et de l’innovation... Ce système de « l’année européenne » est déjà ancien et les connaisseurs de l’UE vous diront tous que ce choix ne pèsera pas lourd dans le programme de travail de l’éxecutif européen et des Présidences du Conseil de l’UE en 2009 (la République tchèque au premier semestre puis la Suède à compter du premier 1er juillet 2009). Ils ont sûrement raison. Mais prenons la Commission européenne au pied de la lettre... 2009 sera-t-elle l’année de la créativité et de l’innovation pour l’UE ? Une chose est sûre, jusqu’à présent, la Commission Barosso n’a pas réellement brillé dans cette discipline ...

- Logo officiel de l’année européenne de la créativité et de l’innovation
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Source : Commission européenne
Pour 2009, l’exécutif européen a pourtant décidé de nous réserver un programme de travail chargé. Les propositions se répartissent autour de quatre thèmes transversaux : le changement climatique, les actions en faveur des citoyens, la croissance et l’emploi et les questions internationales. La liste des propositions qui sortiront du chapeau du magicien Barroso est longue : des mesures sur la surveillance des marchés financiers, un Livre vert sur la réforme de la politique commune de la pêche (PCP), une communication sur le dialogue entre universités et entreprises, une communication sur la stratégie de Lisbonne post-2010, une autre sur le financement des technologies à faible émission de carbone, mais aussi sur l’avenir des transports et la révision du code de bonnes pratiques dans le domaine des aides d’Etat.... On a certes connu plus sexy et surtout plus efficace qu’une liste de « communications » non contraignantes, mais à quelques mois de l’échéance des élections européennes de Juin 2009, on ne peut pas attendre d’une Commission européenne qui a ces dernières années surtout brillé par son absence plus que par son esprit d’initiative qu’elle se surpasse dans la dernière ligne droite. Peut-être la Commission européenne saura-t-elle faire preuve de créativité dans le cadre de la « budget review », c’est-à-dire la remise à plat du budget communautaire négociée en 2005 par les Britanniques et prévue pour 2009, mais ceci reste à voir...
Ne pensez pas pour autant que le locataire du Berlaymont (José Manuel Barroso) attende patiemment que les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 lui choisissent un successeur, bien au contraire. Si le Président de la Commission européenne ne s’est pas livré corps et âme dans la bataille institutionnelle et législative au cours de ces 5 dernières années, contribuant ainsi à renforcer l’image d’une Commission vue comme simple secrétariat du Conseil et du Parlement, il semble pourtant avoir réussi ces derniers mois à convaincre une majorité des chefs d’Etats et de gouvernement, ainsi qu’une majorité de députés européens, qu’il était le meilleur candidat pour rester à la tête de l’exécutif européen. Dans tous les cas, il devrait rester à la tête de la Commission européenne jusqu’en 2010, les 27 semblant de plus en plus enclins à prolonger le mandat de la Commission actuelle de quelques mois, comme le laissent entendre les conclusions du dernier Conseil européen. Une Commission européenne sur un radeau de la méduse européen sans capitaine ? Pas si sûr....
... ou année européenne des États-nations ?
La tendance s’est confirmée en 2008 : si la Commission européenne manque d’ambitions, on ne peut pas en dire autant des Etats qui prennent tour à tour la Présidence de l’UE. Alors que la Présidence française de l’UE s’achève sur un succès, la République tchèque est déjà sur le pont en vue du début de sa Présidence du conseil de l’UE le 1er janvier 2009. Partenariat vers l’Est , nouvelles relations avec la Russie, premiers échanges avec la nouvelle administration états-unienne ... les priorités de la Présidence tchèque sont de nature internationale, ce qui devrait se traduire dans les faits par la mise sur le banc de la Commission européenne et du Parlement européen, qui n’ont que très peu de compétences dans ces domaines. Ce constat ne rassure pas ceux qui craignent que le Président tchèque Vaklav Klaus, eurosceptique notoire, fasse plus de bien que de mal pendant ces 6 mois de Présidence.
Mais 2009 sera avant tout l’année des élections européennes. Ce qui devrait avoir au minimum deux conséquences. Tout d’abord l’activité du Parlement européen sera perturbée : peu de lois actuellement discutées devraient être finalisées et adoptées avant mai (dernière session du Parlement actuel) et les nouveaux députés ne reprendront leurs activités qu’en septembre 2009, ce qui signifie dans les faits que 2009 sera une année presque perdue au niveau des avancées législatives. Mais l’autre conséquence est que 2009 sera, au moins sur le papier, une véritable année européenne. En réalité, rien n’est moins sûr... les élections européennes sont en effet généralement vues par les gouvernements nationaux et les partis d’opposition, comme des élections nationales « test » où il est plus souvent question de débats nationaux que de débats de nature européenne. Les grands groupes politiques du Parlement européen nous promettant que ce ne sera pas le cas cette fois-ci, charge à eux de nous montrer que 2009 ne sera pas l’année européenne des Etats nations mais bel et bien une année d’élections européennes faite de programmes européens et de débats transnationaux. Si tel n’était pas le cas et qu’en plus de mener la danse au niveau des Présidences de l’UE et de faire danser le Président Barroso au rythme des hymnes nationaux, les Etats écrivaient aussi la partition des élections européennes, 2009 resterait dans les mémoires comme l’année européenne des Etats-nations.
2009 : saisir les opportunités !
Pourtant, l’année 2009 devrait regorger d’opportunités dans les trois domaines où 2008 restera probablement dans les esprits comme l’année de la crise. Sur le plan politique, les opportunités et les défis à relever seront de taille. L’UE devra d’abord trouver une issue à la nouvelle crise constitutionnelle déclenchée par le NON irlandais au traité de Lisbonne. Les Irlandais devraient revoter... mais des incertitudes planent sur le calendrier d’un tel vote et sur les modifications politiques qui seront finalement apportées pour permettre une ratification en Irlande. Le premier ministre irlandais, la Commission européenne et le Conseil devront donc redoubler d’efforts pour permettre de trouver une solution en 2009. Les mêmes efforts devront d’ailleurs être accomplis en République tchèque, où le traité n’a toujours pas été ratifié par le parlement, malgré le début de la Présidence tchèque de l’UE le 1er janvier 2009. Sur le plan politique encore, comme mentionné plus haut, le défi de cette année 2009 consistera aussi à orchestrer une campagne électorale à l’échelle européenne, avec des débats certes organisés sur une base nationale mais intégrés dans de véritables programmes européens. Tous les principaux groupes politiques du PE (PSE, PPE-DE, ALDE et Verts) ont promis une campagne véritablement européenne. Mais il reste à voir si les programmes élaborés par les groupes et partis politiques au niveau européen seront repris par les partis politiques nationaux ou si, comme ce fut le cas jusqu’à présent, les élections européennes ne resteront que des élections nationales « bis ».
Sur le plan de la gouvernance mondiale, l’UE devra consolider les avancées de 2008. Conflit russo-géorgien, crise financière mondiale, l’UE compte de plus en plus dans le monde. Mais en 2009, les défis à relever seront d’autant plus nombreux : relations avec la nouvelle administration américaine, redéfinition des rapports avec le voisin russe, politique d’élargissement et de voisinage, Darfour, conflit israélo-palestinien... les champs de bataille armés et diplomatiques sur lesquels l’UE est attendue ne manquent pas. Au niveau économique et financier, suite aux prises de position des dirigeants européens pendant la crise, l’UE devra jouer un rôle central dans la redéfinition du capitalisme financier au niveau mondial. Au niveau commercial, dans l’enceinte de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) où les négociations sur les règles du commerce international sont au point mort, les Européens devront encore une fois redoubler d’efforts de façon à assumer le rôle de chef de file qu’eux seuls sont en mesure de jouer.
Enfin, c’est peut-être au niveau environnemental qu’en 2009 les Européens devront le plus faire preuve de créativité. En décembre 2009 aura lieu à Copenhague le COP15, conférence internationale sur la réduction des gaz à effet de serre au cours de laquelle les Etats des quatre coins de la planète devront négocier un nouvel accord global pour tenter de lutter de manière appropriée contre le réchauffement climatique. Si les Européens se contentent de l’accord obtenu à l’arraché il y a quelques semaines (le fameux paquet climat-énergie), le compte n’y sera pas. Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, les Européens se doivent de montrer le chemin à suivre de façon à continuer à forger et à imposer ce que beaucoup appellent le modèle européen.


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