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Alain Lamassoure : « Le front anti-Barroso n’existe que dans l’esprit de Daniel Cohn-Bendit »

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Attaquant son quatrième mandat à Strasbourg et ancien ministre délégué aux affaires européennes, Alain Lamassoure est un des Français les plus expérimentés de la politique européenne... et aussi l’un des mieux informés. De Barroso à Tony Blair, du Traité de Lisbonne au budget de l’UE, il vous esquisse les visages et les contours de l’Europe version 2009-2014. Un entretien sans faux-semblant ni fausse modestie.

Alain Lamassoure

Né à Pau le 10 février 1944

Ancien élève de l’ENA

1986 -1995 : Député de la 5ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques

1989 - 1993 : Député au Parlement européen, réélu en 1999 et 2004

• Membre du groupe PPE-DE (Parti Populaire Européen), Président délégué et Porte-parole de la délégation française du groupe PPE

• Membre de la commission des Budgets

• Membre suppléant de la commission des Affaires constitutionnelles

• Membre de la délégation pour les relations avec l’Inde

1993 - 1995 : Ministre délégué aux Affaires européennes dans le Gouvernement d’Edouard BALLADUR

1995 - 1997 : Ministre délégué au budget et porte-parole du Gouvernement dans le Gouvernement d’Alain JUPPE

1995 - 2001 : Président de la Communauté d’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz

1997-1999 : Vice-Président du Cercle de l’Industrie

2000 - 2001 : Maire d’Anglet

2001-2008 : Président du Conseil des élus du Pays Basque

2001-2008 : Conseiller municipal d’Anglet et Vice-Président de la Communauté d’agglomération Bayonne - Anglet - Biarritz

2002 - 2003 : Membre de la Convention européenne

2002 - 2005 : Vice-Président du Mouvement européen France

2003 : Membre de l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire)

2005 : Vice-Président du Cercle de l’Industrie

Vice-président de Confrontations Europe

Quels sont les enseignements que vous tirez des élections européennes ?

Ce qui m’a frappé dans cette campagne – c’est la quatrième que je fais, je suis un vétéran des élections européennes – c’est que pour la première fois j’ai vu venir à nous des électeurs qui nous interrogeaient sur l’Europe. Parce que les grands évènements et, malheureusement, les crises que nous avons connus depuis un an ont démontré mieux que tous les discours que les très grands sujets se traitent au niveau européen, entre pays européens unis, ou sont hors de portée des Etats membres : lutte contre la crise financière, relance économique, lutte contre les changements climatiques, questions diplomatiques avec les grands problèmes créés il y a quelques mois par la Russie et en ce moment l’Iran...

C’est la première fois qu’à propos de l’Europe, le problème central n’est pas de savoir si les citoyens veulent plus d’Europe ou moins d’Europe. Le souverainisme est mort. Le débat central, maintenant, c’est : comment fait-on avec l’Europe. Les citoyens se sont rendus compte qu’ils connaissaient mal l’Europe : l’instruction civique est insuffisante, les médias parlent très peu voire pas du tout d’Europe, et ils étaient en quête d’information.

Ce qui m’a frappé aussi, finalement, c’est que contrairement à ce qui s’était passé lors des élections précédentes, le vote s’est fait sur des choix européens et non pas sur la politique française. Le vote sanction traditionnel n’a quasiment pas eu lieu. Les Français sont malheureusement peu allés aux urnes, mais ceux qui se sont déplacés ont voté en faveur de partis qui avaient une crédibilité européenne, comme l’UMP après la présidence de l’UE de Nicolas Sarkozy, ou un vrai programme européen comme les Verts.

On peut aussi lire les résultats des élections européennes comme une défaite de la social-démocratie, que ce soit au niveau français ou au niveau européen. Avez-vous peur que les équilibres au Parlement européen soient moins constructifs qu’avant ?

Je n’irais pas jusqu’à être inquiet de la défaite de mes adversaires. D’autant que les rapports de force ne sont pas très déséquilibrés. Certes, en gros, la gauche a perdu dans de nombreux pays, notamment dans tous les grands pays mais le Parti Socialiste Européen reste le deuxième groupe au sein du Parlement européen et, comme dans les législatures précédentes, si le Parlement européen veut atteindre la majorité qualifiée qui est nécessaire sur les grands sujets pour que ses amendements soient juridiquement valables, il faudra un accord politique entre le PPE, donc le parti conservateur démocrate-chrétien, et les socialistes européens.

Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’on aurait pu s’attendre à ce que cette période où nous connaissons la crise économique la plus grave depuis 70 ans soit plutôt favorable aux thèses de la gauche. Mais les citoyens ont bien compris que la gauche d’aujourd’hui n’a pas renouvelé son logiciel idéologique et en est restée à une analyse de la situation économique des années 1930 et à des remèdes des années 1930. Or, nous ne sommes plus du tout dans cette économie là. Le problème ne se pose plus de savoir s’il faut plus ou moins d’intervention de l’Etat dans l’économie.

Nous sommes, aujourd’hui, dans une économie mondialisée et donc la question est de savoir comment combiner le dynamisme lié à l’initiative individuelle à tout ce qu’apporte l’économie de marché avec un certain nombre de règles d’interventions qui doivent désormais s’établir à l’échelle continentale de l’Europe voire à l’échelle internationale dans le cadre du G20, et plus uniquement au niveau national. Ça, les gouvernements conservateurs qui ont fait preuve d’un très grand pragmatisme pour faire face à la crise l’ont admis et l’ont introduit dans leur action. Les socialistes, qui restent plus idéologues, plus théoriciens, et qui n’ont pas mis à jour leurs théories, ont eu plus de mal à le comprendre. D’où la désaffection des électeurs.

Nous somme d’accord sur ce point, le fait qu’il faille trouver une solution européenne ou internationale à la crise. Je prends le cas de M. Barroso, qui ne s’est pas du tout illustré par son rôle actif dans la crise, qui a tardé à répondre et a consacré un certain effacement de la Commission devant les Etats membres. Votre famille politique, l’UMP et le PPE, soutient pourtant sa reconduction à la tête de la Commission pour les 5 prochaines années. N’y a-t-il pas là une contradiction ?

Ecoutez, pas du tout. Parce que je ne partage pas ce jugement sur M. Barroso. On ne peut pas dire qu’il ait tardé à répondre. Ceux d’ailleurs qui lui font ce grief ne se sont pas illustrés par des réponses plus actives et plus imaginatives.

La vérité c’est que la crise économique mettait en œuvre des problèmes et des outils qui ne sont pas de la compétence de la Commission européenne. Parce que lorsqu’il s’agit de sauver le système bancaire ce n’est pas la Commission européenne qui peut le faire. Lorsqu’il s’agit de relancer l’activité économique par des dépenses publiques, ce n’est malheureusement pas la Commission européenne, qui ne gère qu’un budget inférieur à 1% du PIB de l’Union, qui peut le faire.

Ce qu’on pouvait attendre de la Commission - et ce qu’elle a admirablement fait - c’est d’appuyer toutes les initiatives de la Présidence de l’époque, qui était la présidence française, afin d’apporter des réponses à la crise aussi efficaces que possible. Je vous donne un seul exemple : les actions de sauvetage des banques ou des entreprises en difficulté. Ce n’était pas la Commission européenne qui pouvait faire des propositions. Par contre, il importait à la Commission de s’assurer que les plans de sauvetage nationaux soient compatibles les uns avec les autres et que indirectement, mine de rien, les Etats ne mettent pas en place des aides à leurs champions nationaux au détriment des entreprises des pays concurrents. Et la Commission a fait çela dans des conditions de rapidité qui sont tout à fait remarquables.

Le procès fait à Barroso par certains dans ce domaine n’est donc pas du tout fondé, et ça n’est quand même pas un hasard si la candidature de José Manuel Barroso est soutenue non seulement - ce qui est normal - par sa famille politique du PPE mais également par tous les dirigeants socialistes d’Europe, à l’exception des socialistes français.

Daniel Cohn-Bendit
Auteur de « la » grande percée des élections européennes en France avec Europe Ecologie (plus de 16% des voix), le leader du groupe des Verts au Parlement européen entend bien profiter de cette dynamique pour former un front « anti-Barroso » capable d’empêcher la reconduction de l’ancien premier ministre portugais à la tête de la Commission européenne. Mais si l’entreprise reste mathématiquement possible, la large victoire du PPE la rend toutefois plus que difficile.
(Photo : European Parliament, flickr.com)

La France soutient pour l’instant la candidature de M. Barroso. Sa nomination ou son élection– cela dépend du calendrier et de la mise en œuvre du Traité de Lisbonne - est quasiment acquise. Mais il y a actuellement un problème de calendrier, c’est-à-dire que la France conteste une nomination immédiate de M. Barroso, préférant attendre la mise en œuvre préalable du Traité de Lisbonne. Quel est votre avis à ce sujet ?

Je partage le sentiment du Parlement européen sortant, qui s’est prononcé sur la question en adoptant le rapport de Jean-Luc Dehaene, qui insiste pour qu’on applique le calendrier prévu par le seul traité applicable aujourd’hui, qui est le traité de Nice. Et ce pour plusieurs raisons.

D’abord parce qu’on ne sait pas si le traité de Lisbonne va s’appliquer. Nous le souhaitons tous. On peut penser aujourd’hui qu’il y a 9 chances sur 10 pour que les Irlandais, par référendum, finissent par donner leur feu vert à l’automne, mais on en est pas sûr, et on a déjà été échaudé.

Et la deuxième raison, c’est qu’on ne peut pas se permettre le luxe de continuer d’avoir un avion européen sans pilote dans le cockpit. Or, depuis le début de l’année, la présidence tchèque a pratiquement abandonné ses responsabilités, donc il n’y a plus de pilote du Conseil européen. Le Parlement européen est en train de changer, le nouveau Parlement devrait entrer en fonction symboliquement en juillet mais ne travailler véritablement qu’à partir de septembre. On ne peut pas en plus mettre la Commission européenne entre parenthèses pendant trois mois. Surtout si on est d’accord pour que de toutes manières ce soit M. Barroso.

Donc le sentiment du Parlement sortant et mon sentiment personnel, c’est d’insister pour que comme on l’a fait les fois précédentes et en application du seul traité aujourd’hui applicable, le Traité de Nice, le Conseil européen se mette d’accord la semaine prochaine pour un candidat qui sera donc très vraisemblablement M. Barroso. Et pour que, dès sa séance d’installation - très probablement le 15 juillet- le Parlement européen confirme cette nomination.

N’avez pas peur d’un front anti-Barroso ? Aujourd’hui, si on fait des projections, le PPE devrait avoir 263 membres, alors que la majorité absolue au Parlement européen est de 369 élus. Or pour la désignation du Président de la Commission européenne, il faut une majorité de votants.

Mais quel front anti-Barroso ? Il n’y a pas de front anti-Barroso. Il n’y a de front anti-Barroso que dans l’esprit de Monsieur Cohn-Bendit. Nous nous trouvons exactement dans la situation où nous étions il y a 5 ans, dans laquelle le PPE a gagné les élections européennes. Donc tout naturellement, tout le monde considère que c’est au PPE de proposer un candidat à la présidence de la Commission, et là c’est Monsieur Barroso. Les socialistes le soutiennent. Graham Watson, en tant que Président du groupe libéral, va aussi le soutenir.

En échange de…

Oh, bah ça c’est ce qui se passe à chaque fois...

Donc si vous voulez un front « anti », ça n’a aucun sens. Il y aurait un risque pour Monsieur Barroso s’il y avait un candidat autre que lui, soutenu par une majorité plus importante que la sienne. Mais il n’y a pas de candidat ! Ceux qui disent « nous sommes contre Barroso » sont dans la situation ridicule dans laquelle auraient été les socialistes français il y a deux ans, s’ils avaient dit « nous détestons Nicolas Sarkozy, nous sommes contre la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle, nous appelons à voter contre lui, mais nous n’avons pas candidat. » Eh bien, ils ont eu une candidate, qui était Mme Royal, il y a eu une très belle campagne et un très beau débat entre les deux candidats. Les Français ont choisi l’un des deux.

Le reproche que peut se faire à lui-même M. Cohn-Bendit et que peuvent se faire à eux-mêmes les socialistes français, c’est d’avoir été incapables, avant le 7 juin, de dire à l’avance « si nous la gauche, nous avons la majorité au sein du Parlement européen, notre candidat ou notre candidate pour succéder à monsieur Barroso sera monsieur ou madame Untel. » Là, à mon avis, la participation à l’élection aurait été très supérieure, parce que les électeurs se seraient rendus compte que leur bulletin de vote était décisif pour désigner Monsieur ou Madame Europe. Ils n’ont pas été en mesure de le faire, et bien on se retrouve avec Monsieur Barroso.

Et moi, à l’heure actuelle, je trouve quand même assez étrange, que tous les médias, à cause des déclarations de Monsieur Cohn-Bendit, se polarisent sur la question « Barroso ou pas Barroso », alors que la question est tranchée depuis longtemps. La vraie question importante c’est de savoir, dans l’hypothèse où le traité de Lisbonne s’applique, qui va être le Président du Conseil européen. Et là, il n’y a aucun nom qui circule. Et il est urgent de trouver quelqu’un.

Nous reviendrons sur la question du Président du Conseil. Juste avant je voudrais revenir sur le cas de Graham Watson, donc des libéraux. Il a quand même mis dans la balance un poste de président du Parlement européen en échange du soutien à Barroso...Est-ce que vous le suivrez là-dessus ?

Mais le pauvre ! Tout cela est touchant ! « Il a mis dans la balance… »…Quelle est sa capacité de négocier ? Combien de troupes il a ? Il a moins de 100 députés. Or, nous, PPE, comme la fois précédente, nous allons faire accord avec les socialistes. Monsieur Watson est candidat pour être président du Parlement européen contre qui ? Contre le candidat des socialistes. Et nous, PPE, nous préférons faire accord avec des candidats qui sont plus nombreux qu’avec les libéraux. Et donc, si Monsieur Watson, déçu, ne vote pas pour monsieur Barroso, ça fait rien, les socialistes votent avec nous pour monsieur Barroso – sauf peut-être les socialistes français, mais c’est exactement la même situation qu’il y a 5 ans.

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Joseph Daul

Chef du groupe PPE-DE au Parlement européen depuis 2007, cet ancien éleveur bovin originaire d’Alsace devrait être reconduit dans ses fonctions lors de la réunion du bureau de son parti le vendredi 12 juin. Un homme très peu connu du grand public mais qui pourrait donc jouer d’une influence certaine pour déterminer les grands équilibres du nouveau Parlement européen, en particulier en ce qui concerne les présidences de commission et les accords politiques avec les autres groupes.

(Photo : European Parliament, flickr.com)

D’accord, donc on reste sur le schéma « 2 ans ½ - 2 ans ½ »

Absolument.

Le bureau du PPE va se tenir le 12 juin à Bruxelles. Qu’est-ce qu’on peut en attendre ? est-ce que Joseph Daul souhaite être reconduit à la tête du groupe, est-ce que les choses vont dans cette direction ?

Le 12, le bureau du parti va faire un bilan des élections.

Le nouveau groupe PPE, tel qu’il a été élu, se réunit le 17 à Bruxelles et c’est là qu’on modifiera tout d’abord les statuts du groupe pour prendre acte de la disparition des conservateurs britanniques, et accessoirement des tchèques, ce qui fait que le groupe qui se nommait officiellement « Parti populaire européen et démocrate européen », enlèvera le complément « démocrate européen », et en deviendra du coup plus homogène. Ce dont nous nous réjouissons.

Et c’est là qu’on verra s’il y a des candidats contre Joseph Daul, qui a annoncé qu’il se représentait à la présidence du groupe. Je serais surpris qu’il y ait des candidats contre lui.

Vous parliez d’homogénéité du Parti Populaire Européen. Les conservateurs britanniques européens vont quitter le PPE. Pour vous, c’est une bonne chose ?

Pour l’homogénéité du groupe, c’est une bonne chose. Pour le Royaume-Uni, c’est une grave erreur politique parce qu’ils vont s’isoler et se retrouver dans une situation qu’ils ont connue avant d’adhérer au PPE, il y a une quinzaine d’années. Ils étaient dans un groupe à part avec quelques Danois, Irlandais ou je ne sais pas quoi, puisqu’il faut, pour avoir le droit de constituer un groupe au Parlement européen, réunir plusieurs nationalités -aujourd’hui c’est 6 ou 7 nationalités, à l’époque c’était 4 ou 5 – et donc c’était une espèce de réserves d’indiens qui ne jouait aucun rôle dans les votes du Parlement européen. Ils vont se retrouver à nouveau dans cette situation, c’est regrettable.

C’est regrettable pour l’Union européenne car on a besoin que le Royaume-Uni soit très présent dans toutes les institutions et pèse de son poids économique et politique. Mais les premiers à en payer les conséquences seront les conservateurs.

Pour le PPE, nous vivrons plus à l’aise, parce que nous n’aurons plus sur les sujets institutionnels cette fracture qui nous divisait et qui nous affaiblissait. Nous retrouverons un parti populaire européen tout entier dans la lignée des pères fondateurs de l’économie sociale de marché.

Et vous, personnellement, sur quels dossiers souhaitez vous vous investir dans la législature qui s’annonce ? Avec quatre mandats, vous êtes l’un des députés européens les plus expérimentés. Est-ce que vous souhaiteriez présider une commission ?

Non, pas forcément. J’ai exercé un peu toutes les fonctions au sein du Parlement, dont déjà celle de président de commission. Les présidences de commission sont des postes qui ont un prestige relatif dans le système, mais qui ne correspondent pas à l’influence que l’on peut en attendre, notamment quand on compare à l’Assemblée nationale.

A l’Assemblée nationale, le président de la commission des finances et le rapporteur général ont une vraie influence sur la politique budgétaire. Au Parlement européen, j’ai été président de la commission du budget : c’est plutôt une présidence à l’anglo-saxonne, ce qu’on appellerait un chairmanship. C’est-à-dire que le président est là pour s’assurer que l’ordre du jour est respecté, pour répartir les temps de parole, et éventuellement pour faciliter la recherche de compromis. Mais en fait, le débat est mené par les porte-paroles des différents groupes politiques, donc du PPE et du PSE, accessoirement des petits groupes.

Moi, ce que je cherche plutôt à faire au sein du Parlement européen, fort de cette expérience, c’est de me concentrer sur quelques grands dossiers. Dans les Parlements de 1999- 2004 puis de 2004-2009, je m’étais concentré sur les problèmes institutionnels, l’élaboration du Traité constitutionnel et après son échec sur l’élaboration de ce qui est devenu le Traité de Lisbonne. Dans le Parlement qui achève son mandat, je m’étais consacré aux premiers travaux de ce que j’appelle la constitution budgétaire de l’Union européenne. On peut considérer qu’avec le traité de Lisbonne, l’Union européenne aura maintenant, sinon une constitution, du moins ses règles du jeu, son statut politique et juridique. Il faut lui donner maintenant un véritable statut budgétaire, qu’elle n’a pas.

Derrière la crise institutionnelle que l’Europe a connue à travers les « non » successifs aux divers référendums, il y a une autre crise qui se cache – comme un train peut en cacher un autre – une autre crise dont personne ne parle et qui est aussi grave, qui est la crise budgétaire : l’Europe n’a plus d’argent. Je l’évoquais tout à l’heure, le budget européen est maintenant inférieur à 1% du Produit Intérieur Brut de l’Europe. Avec ça, l’Europe ne peut pas accompagner la politique budgétaire des Etats membres, financer les politiques communautaires qui exigent de l’argent, comme par exemple la politique très ambitieuse de lutte contre le changement climatique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et ce budget est faible car il est financé, ce qui n’était pas le cas à l’origine, par les contributions des budgets nationaux. Comme tous les budgets nationaux sont ruinés par la crise, plus aucun ministre des finances ne veut financer le budget européen. Il faut donc trouver des ressources nouvelles au budget européen.

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Tony Blair

Le nom de l’ancien premier ministre britannique, aujourd’hui représentant du Quartet au Proche-Orient, avait été évoqué à plusieurs reprises l’an dernier comme candidat possible au poste de président du Conseil européen prévu par le Traité de Lisbonne. Une candidature d’ailleurs soutenue un temps par Nicolas Sarkozy, qui se réjouissait par là de mettre une nouvelle fois des socialistes français peu enclins à soutenir un parangon du « social-libéralisme » dans l’embarras... L’étoile de M. Blair semble être moins brillante aujourd’hui, mais une chose est sûre : dans la perspective - assez probable dorénavant - d’une entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le choix du président du Conseil européen sera l’un des grands sujets politiques des mois qui viennent sur la scène européenne.

(Photo : World Economic Forum, flickr.com)

Comme par exemple une capacité d’emprunt pour l’Union européenne ?

Oui, mais l’emprunt ça n’est qu’un impôt différé. Non, il faut vraiment trouver des ressources fiscales qui alimentent le budget européen sans peser sur les budgets nationaux.

J’ai travaillé de manière obstinée et obscure, malheureusement, mais avec un certain succès pendant quatre ans, en liaison avec des parlements nationaux. J’ai fait adopter une position de principe par le Parlement européen sur le diagnostique et sur les pistes à explorer sans choisir à ce stade entre les différentes pistes possibles. C’était en mars 2007. Et je n’ai pas encore décidé – je verrai avec mes autres collègues – mais je souhaiterais continuer à travailler à la commission des Budgets pour mener à bien cette réforme fondamentale du volet financier, réforme qui sera en fait aussi importante que le traité de Lisbonne.

Et j’ajoute que si le Traité de Lisbonne s’applique, le pouvoir budgétaire du Parlement européen va doubler puisque jusqu’à présent le Parlement n’a le dernier mot sur les dépenses communautaires que pour tout ce qui ne concerne pas les dépenses agricoles. Or, le budget agricole représente encore plus de 40 % du budget communautaire. Et avec le Traité de Lisbonne, la politique agricole se décidera désormais non plus entre les ministres de l’agriculture mais au Parlement européen – y compris le financement. Dans la petite planète agricole, ça va être une révolution politique majeure. Jusque là, nos agriculteurs se sentaient protégés par la douce tutelle du gouvernement français, et longtemps du Président Chirac. Désormais, le problème de savoir la couleur du vin, s’il est blanc, rouge ou rosé, ne se décidera plus au Conseil des ministres, mais au Parlement européen. Et je compte a priori suivre ces grands dossiers budgétaires.

Revenons à la question du président du Conseil européen. Vous disiez que c’était inquiétant de ne pas avoir de candidat, mais est-ce que justement ce candidat ne pourrait pas être Monsieur Barroso lui-même au final ? Comment voyez-vous les choses ?

Oh non, je crois que ça c’est exclu. Depuis déjà maintenant plusieurs mois, José Manuel Barroso a fait savoir qu’il était candidat à sa propre succession, il est le candidat officiel du PPE, les gouvernements se sont mis d’accord dessus, donc je crois que ça c’est acquis.

Par contre, à partir du moment où le PPE a gagné les élections européennes, s’il est logique que le président de la Commission émane du PPE, nous avons admis – quand je dis nous, je pense au PPE mais aussi à tout le monde- et nous en avons d’ailleurs fait un protocole ou une annexe au Traité de Lisbonne, que le triumvirat qui doit diriger l’Union européenne, donc le Président de la Commission, le Président du Conseil européen et le Haut-Représentant pour les Affaires étrangères, devrait être composé de manière à assurer un équilibre pour que tout le monde se sente à l’aise en Europe, pour pas que les trois membres du „triumvirat“ appartiennent au même parti ou qu’ils appartiennent à des pays nordiques ou sudistes uniquement, à de grands pays ou à de petits, à d’anciens Etats membres ou à de nouveaux Etats membres...Vous voyez l’idée...

Donc si M. Barroso reste Président de la Commission, il appartient plutôt à la famille politique socialiste, ou à la rigueur aux libéraux si les socialistes n’ont pas de candidat, de proposer un nom pour guider le Conseil européen. Moi, ce qui me frappe, de nouveau, c’est que depuis quelques jours il y a tout d’un coup une espèce d’excitation médiatique sur Barroso, problème réglé depuis des mois…

Mais ce n’est quand même pas très démocratique que le problème soit réglé depuis des mois, non ? Parce qu’on attendait quand même l’élection du Parlement…

Il faut être précis, vous avez raison. Si, cela est démocratique car la candidature de Monsieur Barroso est connue depuis des mois, et on savait depuis des mois que si le PPE gagnait les élections, ce serait sa candidature qui serait retenue. Donc le problème est réglé depuis dimanche, par la victoire du PPE aux élections.

Et par contre, donc, silence radio absolu sur les deux autres titulaires, et notamment le président du Conseil européen, qui sera quand même une personnalité considérable qui devra en quelque sorte inventer une fonction qui n’existait pas jusqu’à présent : le président à temps plein et pour une durée a priori de 5 ans - enfin 2 ans 1/2 renouvelable une fois, mais si le type est pas gâteux, ça veut dire 5 ans - du Conseil européen, ce qui est quand même considérable ! Et là : silence radio, personne n’en parle. Ni les grands dirigeants, ni les observateurs, ni Monsieur Cohn-Bendit…c’est assez étrange.

Nicolas Sarkozy, il y a un an, avait mentionné le nom de Tony Blair. Est-ce selon vous une personnalité probable ?

Je n’en sais rien. Comme vous, j’ai noté que son nom avait été annoncé, non sans malice, d’ailleurs, par le président Sarkozy. Ce n’est pas à la droite de dire quel est le meilleur socialiste possible. J’avais observé d’ailleurs que cette annonce n’avait pas suscité un enthousiasme délirant dans la famille politique socialiste – y compris auprès du successeur de Tony Blair au 10, Downing Street. Et j’observe que depuis quelques mois plus personne n’en parle. Alors je ne sais pas. Est-ce qu’il est encore dans la course ? Est-ce qu’il y a des conversations discrètes ? Mais l’Union européenne est un système dans lequel il est impossible de garder un secret. Donc s’il y avait des gens qui se téléphonaient, on le saurait. Donc voilà, c’est silence radio, c’est très très curieux.


Photo : Blog personnel d’Alain Lamassoure : http://www.alainlamassoure.eu


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gosh
12 juin 2009
23:59
Alain Lamassoure : « Le front anti-Barroso n’existe que dans la tête de Daniel Cohn-Bendit »

la première impression à lire Lamassoure est qu’il est totalement obnubilé par Cohn Bendit. La seconde, c’est qu’il dit un tissu d’âneries...

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gosh
16 juin 2009
09:46
Alain Lamassoure : « Le front anti-Barroso n’existe que dans la tête de Daniel Cohn-Bendit »

CQFD :

http://www.euractiv.fr/priorites-de...

le front anti-barroso existe bien. en espérant que les « euros », en bons journalistes, préparent une réponse circonstanciées aux bêtises profanées par ce M. Lamassoure dans cette interview.

Nico
14 juin 2009
15:04
L’ECLAT
Alain Lamassoure : « Le front anti-Barroso n’existe que dans la tête de Daniel Cohn-Bendit »

En tout cas c’est super, apparemment les électeurs se mobilsent pour l’Europe, c’est en tout cas le ressenti de M. Lamassoure ...

Avec 40 % de participation ! Un vrai visionnaire...

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Xavier
15 juin 2009
18:33
Alain Lamassoure : « Le front anti-Barroso n’existe que dans la tête de Daniel Cohn-Bendit »

J’ai beau de pas être du tout d’accord avec sa famille politique, il me faut tout de même reconnaitre qu’il en est un des meilleurs éléments. Très bon article et merci les Euros pour votre approche non partisane de l’Europe !

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Palouma
15 juin 2009
21:27
Alain Lamassoure : « Le front anti-Barroso n’existe que dans la tête de Daniel Cohn-Bendit »

Blair président du Conseil... pas évident ! Il a quitté ses fonctions en laissant une image d’un réformateur un peu à court d’outils et d’idéologie, symbole d’une social-démocratie en crise. Il fut aussi bien timide vis à vis de l’Europe, ne saisissant la fenêtre de tir pour faire adopter l’euro, puis s’acharnant à ne pas faire augmenter le budget de l’Union, ça n’aura pas échappé à M. Lamassoure.

Je verrai bien un candidat à la Borut Pahor, le premier ministre slovène ; issu d’un des nouveaux entrants, celui qui réussi le mieux peut être ; social-démocrate réformateur, polyglotte... Une personnalité atypique et indépendante, mais en contrepartie ne disposant pas d’une énorme autorité sur la scène européenne... le débat est ouvert !

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Auteurs

Mathieu COLLET

Président, Directeur du projet

Fondateur d’Euros du Village, Mathieu dirige actuellement le projet. Il est également consultant pour un cabinet de conseil en stratégie d’information à Paris. Diplômé de Sciences Po Grenoble, d’un DEA de Sciences Politiques, et d’un Master d’études (...)

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