C’est un événement politique majeur, qui aura vraisemblablement un impact profond sur la vie politique de l’Allemagne, et peut-être de l’Europe tout entière. Dimanche 27 février, la CDU d’Angela Merkel (démocratie chrétienne) a pour la première fois de l’après-guerre perdu la direction du Land de Bade-Wurtemberg, au profit d’une coalition constituée des sociaux-démocrates et des écologistes. Mais au-delà de ce « simple » revers électoral pour les conservateurs (un de plus cette année), et à la différence des autres coalitions rouges-vertes de la République Fédérale, les Verts, qui ont terminé légèrement devant le SPD, occuperont pour la première fois la tête d’un gouvernement régional. Dans l’une des régions les plus conservatrices (même si très portée à l’écologie) et les plus riches du pays, siège d’entreprises comme Mercedes, Porsche et Bosch. Et surtout dans l’une des régions qui compte le plus de centrales nucléaires (8, dont 4 en activité).
Car le débat sur l’avenir du nucléaire causé par l’accident de Fukushima, au Japon, fut sans conteste l’élément déterminant du scrutin, que certains ont même comparé à un référendum. Au vu de l’onde de choc provoqué par le résultat de dimanche, on voit mal comment Angela Merkel ne pourrait pas décider, à l’issue du moratoire de 3 mois annoncé il y a deux semaines, de ne pas revenir sur sa décision de prolonger la durée de vie des centrales allemandes. Elle consacrerait ainsi la décision de sortir du nucléaire prise par le gouvernement de Gerhard Schröder dès l’an 2000. Il ne serait pas non plus impossible qu’elle se fasse l’avocate, par un nouveau revirement dont elle a le secret, d’un abandon du nucléaire au niveau européen – une décision qui influencerait sûrement la révision des niveaux de sécurité du nucléaire européen sur laquelle les Etats membres et la Commission se sont récemment mis d’accord.
Nous n’en sommes certes pas encore là, d’autant plus que l’énergie reste largement une prérogative nationale. Dans l’immédiat, il s’agira surtout aux Verts allemands, par l’intermédiaire de Winfried Kretschmann, le futur ministre-président du Bade-Wurtemberg, de prouver qu’ils sont capables de gouverner sans renoncer à leurs objectifs de campagne. Et de confirmer ainsi, 30 ans après leur apparition, leur nouvelle dimension dans le paysage politique allemand – et peut-être européen.


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