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Et si... les Tea Parties débarquaient en Europe ?

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Un spectre nouveau hante l’Europe : le néo-conservatisme

Qui imaginait, il y a encore 5 ans, alors que les Tea Parties émergeaient aux Etats-Unis, que le mouvement allait connaître un formidable essor en Europe ? Slogans simples voire populistes, renouveau des pratiques et des réseaux, retour aux fondamentaux d’un conservatisme décomplexé : le thé américain s’importe bien. Analyse critique d’un phénomène nouveau.


En ce matin de mai 2014, l’air glacial de Bruxelles n’a pas découragé les manifestants des Tea Parties européennes. Ils viennent de partout en Europe pour scander leur rejet d’une Union européenne qu’ils voient de plus en plus comme « intrusive », « nocive » et « inefficace ». Venus en centaines par cars d’Italie, de Hongrie, du Royaume-Uni, de France et de Pologne, les militants des Tea Parties affichent une détermination à toute épreuve : « Bruxelles est froid, mais nous, nous sommes chauds ! » réagit, moqueur, Frits B., arrivé ce matin d’Amsterdam.

« On ne se pose pas de questions, on y répond »

Ils sont venus écouter les candidats aux élections européennes du mois prochain mais aussi les discours de nombreux dirigeants ou anciens dirigeants ayant publiquement soutenu les Tea Parties : le britannique David Cameron, l’irlandais Charlie Mc Creevy, le tchèque Václav Klaus et le hongrois Viktor Orbán ont déjà confirmé leur présence. Silvio Berlusconi et José-Maria Aznar sontt attendus. Ils ne viendront finalement pas. Toutefois, de nombreux députés italiens, français et britanniques de droite ont fait le déplacement : les néo-gaullistes français et les néo-conservateurs italiens et britanniques sont en totale harmonie. S’assumer « anti-fédéraliste » et « alter-européen » est, selon eux, « un plaisir et une jouissance intense ».

Du côté des organisateurs, on attend plus d’un million de manifestants. Au fur et à mesure de la manifestation, les slogans fusent. Les pancartes se dressent. Les revendications, déjà entendues lors de la campagne électorale, sont simples  :« La Commission : régulateur et rien d’autre », « Bruxelles : débranchez le mort ». A l’image des Tea Parties américaines, l’accent est mis sur un rétrécissement radical des compétences et du budget de l’U.E en général, de la Commission en particulier : « Moins d’impôts, moins de dépenses ! », «  Mourir pour Bruxelles ? Non merci ! », « Allez-vous faire harmoniser ailleurs ! » . Rencontré dans le défilé, Edmund, un retraité bavarois, est très en verve : « C’est la première fois que je manifeste, mais je ne pouvais pas manquer ça ! En Allemagne, les Tea Parties gagnent du terrain. Que l’Europe arrête de fantasmer sur le pseudo-fédéralisme allemand . … il n’a jamais existé ! Nous ne voulons plus payer pour les chômeurs du club Med ! ».

Les Tea Parties n’attirent pas que les retraités. A l’image de Benjamin, jeune parisien enthousiaste se disant deçu des « manœuvres des partis de droite, surtout en France », les jeunes se reconnaissent dans ce renouveau du conservatisme : « Les Tea Parties ne sont pas un parti traditionnel ! Contrairement aux vieux routiers politicards, on ne se pose pas de questions, on y répond ! »

Appel au bon sens, simplicité du discours, rejet des élites : tous les éléments du populisme sont là. Pourtant, Benjamin se défend de toute démagogie : « Nous ne sommes pas populistes ! Nous portons un projet clair et réaliste ! ». Et de rappeler les trois revendications clés des Tea Parties :

1.Moratoire total sur les traités, limitation du nombre de directives à cinq par an 2. Devoir de silence obligatoire pour les commissaires 3. Fixation d’une limite pour le budget européen et instauration d’un « chèque national » pour tous les Etats.

Nouvelles droites, nouveaux militants

Benjamin, drapeau français accroché aux épaules, est représentatif de cette nouvelle génération de militants usés et fatigués des appareils de droite. Selon Dominique Niérey, directrice du Centre EUropéen de la VIe POLitique (CEUVIPOL), « ce qui se passe en Europe aujourd’hui est comparable à ce qui se passait aux Etats-Unis suite à l’élection de Barack Obama : le peuple de droite se se sent frustré et est en quête de radicalité et de provocation. Pour autant, et c’est un premier paradoxe, il n’y a pas eu de Barack Obama européen. La frustration est d’abord nationale ».

Partout en Europe, les Tea Parties ont lancé une campagne retentissante pour ces élections européennes. Ils ont ciblé leurs attaques tant sur le « monstre de Bruxelles » que sur « la gauche archaïsante et stupide  ». En Pologne, en Allemagne, en Italie, ils ont choisi de « labelliser » les candidats de droite des grands partis acquis à leurs thèses. Au Royaume-Uni, le parti « UKIP » s’est renommé « UK Tea Party ». En France, en Espagne, dans le Benelux et dans les pays scandinaves, ils ont en revanche proposé leurs propres candidats face aux partis conservateurs traditionnels. Mais partout, ils ont fustigé avec violence les éléments les « plus libéraux, les plus dépensiers et les plus fédéralistes de la fausse droite ». L’objectif est clair : transformer la droite européenne et couper définitivement les racines chrétiennes-démocrates ou chrétiennes-sociales.

Pour autant, de nombreux manifestants se déclarent « catholiques » ou « croyants ». Mais, comme le rappelle Edmund, « catholique ne veut pas dire forcément fédéraliste ou accès libre au portefeuille ».

Pour Dominique Niérey, « les militants des Tea Parties sont complètement décalés par rapport à leur électorat : les premiers sont plutôt urbains et issus des classes moyennes, tandis que le second est bien plus populaire et rural  ».

Derrière les silences des programmes, des oppositions claires

Le deuxième paradoxe des Tea Parties, pour Dominique Niérey, tient à la situation propre de l’Union européenne : « difficile de s’opposer frontalement à un pouvoir encore relativement peu personnalisé » et «  difficile de trouver des positions communes sur bien des sujets européens ».

Ainsi, le « manifeste européen » des Tea Parties européennes reste ambigu sur l’élargissement : on peut seulement y lire « nous sommes partisans de l’élargissement de l’Union européenne à la seule condition qu’il permette son délitement ». Car si le thème de l’élargissement à la Turquie fait recette au Royaume-Uni et en République tchèque, on reste extrêmement prudent sur ce sujet en France et en Italie. De même, les grandes questions économiques sont occultées : le pacte « de stabilité » devra être changé en pacte de «  responsabilité » mais rien n’est dit sur l’euro ou la réforme des institutions financières. Une brèche dans laquelle s’est engouffré les candidats des Tea Parties en Italie, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas pour réclamer qui un maintien de la livre, qui un retour à la lire et au florin. Une position qui n’est pas entièrement partagée par les candidats français, espagnols ou allemands des Tea Parties. Autres sujets étrangement absents du document programmatique : la PAC, la politique de concurrence et surtout les affaires extérieures ! Pour Mark, un jeune londonien croisé dans la manifestation, « la raison est simple : on était pas d’accord. Les Français ne comprennent rien à la concurrence,les Bavarois veulent la garder la PAC, et nous, nous voulons la supprimer.... de toute façon, ne vous inquiétez pas, nous ne demanderons pas le poste de Commissaire à l’agriculture ». Interrogé si un poste de commissaire lui semble envisageable pour les Tea Parties, et si oui, lequel, le jeune anglais répond par un sourire : « Nous ne voulons pas être complices du monstre de Bruxelles. Mais si on nous le demande gentiment, pourquoi pas ? Le budget ou la fiscalité ... »

En Allemagne, en France, en République tchèque et au Royaume-Uni, les Tea Parties sont crédités de plus de 15 % dans les sondages. Les candidats indépendants des Tea Parties seraient à même de constituer un groupe autonome au Parlement européen, représentant 25 % des sièges, selon une récente étude VivaVoice/CEUVIPOL.

Rendez-vous dans les urnes le mois prochain.


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Espace réactions (3)
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25 octobre 2010
23:33
les bientots parties
Et si... les Tea Parties débarquaient en Europe ?

l’égoisme comme valeur chrétienne ? c’est pas ma tasse de tea la justice oui .

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job
28 octobre 2010
07:43
Et si... les Tea Parties débarquaient en Europe ?

Excellent ; le plus tôt sera le mieux !

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Tom
29 octobre 2010
09:59
Et si... les Tea Parties débarquaient en Europe ?

c’est beau de rever, mais je n’y crois pas une seule seconde. les europeens meritent ce qui leur arrive. Ils veulent de la regulation, ils ne veulent pas de riches, ils veulent des allocations et la suppression de toute concurrence fiscale.

Ils le demandent, il l’ont, alors qu’ils paient.

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Rédacteur en chef adjoint de la version francophone

Antoine est diplomé de Sciences Po Paris (Master Affaires Européennes) et de l’ Université Bocconi de Milan. Dans le cadre du programme Erasmus, Antoine a passé un an à étudier à l’ université d’ Uppsala, en Suède. Après plusieurs stages en France (Air (...)
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Le Groupe des Belles Feuilles (GBF), rassemblement de jeunes professionnels intéressés par les questions européennes, lance « Vigie 2012 », une initiative innovante pour scruter la place de l’Europe dans la campagne présidentielle.

Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

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