Ajouter un commentaire

G. KEPEL et F. HEISBOURG : Comment réussir l’Union pour la Méditerranée ?

Recommander cet article

Discussion entre deux spécialistes reconnus des problématiques méditerranéennes

Le premier est un des académiques français incontournables lorsque l’on traite des questions liées au Proche et au Moyent-Orient, le second est président du Conseil d’administration du prestigieux International Institute for Strategic Studies (IISS) basé à Londres et grand spécialiste des questions géopolitiques dans la région. Ce sont ces deux « sages » des questions méditerranéennes que les Euros du Village vous proposent d’écouter débattre du projet d’Union pour la Méditerranée. Des conditions préalables à sa réussite, notamment en tirant les enseignements de l’échec du processus de Barcelone, aux difficultés internes à la région, G. Kepel et F. Heisbourg partagent au moins l’idée que le moment n’a jamais été aussi opportun pour que l’Europe agisse enfin dans la région.
- COMPTE RENDU DE L’ENTRETIEN DISPONIBLE DANS LE CORPS DE L’ARTICLE


JPEG - 11.6 ko

G. Kepel est le premier à prendre la parole sur la question de la « méthodologie » à suivre pour réaliser l’Union pour la Méditerranée. Ce dernier répond ainsi que l’étape incontournable dans la construction d’un projet de ce type est la définition des frontières avant tout géographiques du projet. Se plaçant en porte-à-faux avec les propositions initiales de M. Guaino et, en partie, avec celle formulée récemment au niveau du Conseil européen, G. Kepel défend l’idée d’une nouvelle « Venise » qui engloberait non seulement tous les pays européens mais aussi, au-delà des pays riverains de la Méditerranée, les pays du golfe arabo-persique. Revenant sur l’échec de la stratégie américaine dans la région, il juge le « timing » de la proposition française excellent.

G. Kepel et F. Heisbourg



- Gilles Kepel est un politologue français, spécialiste de l’Islam et du monde arabe. Il est professeur des universités et directeur de la chaire « Moyen-Orient Méditerranée » à l’IEP de Paris. Par ailleurs, il est directeur scientifique du premier cycle Moyen-Orient Méditerranée de l’IEP à Menton. Il est diplômé en arabe et en philosophie, il a deux doctorats, en sociologie et en science politique. Il a aussi enseigné à la New York University en 1994 et à la Columbia University, également à New York, en 1995 et 1996.


- François Heisbourg est président du Conseil d’administration de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), basé à Londres, et expert du projet Strengthening the Global Partnership du Center for Strategic and International Studies basé à Washington. Il est ancien membre de la représentation permanente de la France à l’ONU, ancien conseiller au ministère français des Affaires étrangères, ancien vice-président de MATRA Défense Espace et ancien directeur de la Fondation pour la recherche stratégique.

F. Heisbourg revient de son côté sur l’échec européen du processus de Barcelone, né notamment de ses dimensions trop politique (niveau de décision) et bureaucratique (méthode) ayant négligées la société civile. Au-delà des objectifs purement politiques, l’Union pour la Méditerranée devrait selon lui aussi prendre en compte les dimensions économiques, sociales et sociétales prenant ainsi le contre-pied du processus de Barcelone, qualifié de « tout sauf rusé » tant sur les objectifs que sur la méthode.

Répondant ensuite à la question de la capacité de l’UE à relever le défi de l’Union pour la Méditerranée, G. Kepel a rappelé que la « fenêtre d’opportunité » de l’UE pour agir dans la région n’a rarement été aussi large. L’échec américain dans la région laisse ainsi selon lui un créneau vide pour l’UE, créneau qui, s’il n’est pas rapidement occupé, risquera d’entraîner une grande instabilité à tous les niveaux. L’Union européenne se trouve ainsi aujourd’hui « mise devant ses responsabilités ». Renchérissant l’analyse faite par F. Heisbourg de l’échec de Barcelone (« tout le monde s’en foutait de Barcelone »), G. Kepel appelle également de ses vœux la mise en place de coopération dans les domaines économique, social et universitaire. L’échec de « l’Union de Guaino (en référence à la proposition initiale formulée par le conseiller du Président français) » tient quant à lui à la coloration trop bureaucratique dont elle était teintée. Si la présidence française veut réussir, elle doit ainsi « être capable de mobiliser, au-delà de la société française, sociétés européennes et sociétés du Sud ».

Selon F. Heisbourg, à la question « est-ce que l’Europe peut et est ce que l’Europe va réussir ». A la première question, M. Heisbourg répond qu’a priori l’UE peut réussir car son poids économique et commercial est supérieur à ceux des Etats-Unis et de la Chine. Il rappelle néanmoins que ces variables « objectives » ne suffisent pas à garantir la réussite du projet et que les motivations des Européens sont très inégales dans le projet. Critiquant l’approche initiale adoptée par MM Guaino et Sarkozy et ayant conduit à des tensions avec l’Allemagne, M. Heisbourg explique aussi que la réussité du projet dépendra de la mobilisation sur les rives Sud et Est du bassin méditerranéen. Les obstacles sont ainsi nombreux : conflit israélo-palestinien, mais aussi tensions algéro-marocaines et libano-syriennes constituent ainsi des entraves potentielles avec lesquelles il faudra composer et qui détermineront aussi la réponse à la question « l’Europe va-elle réussir ? ».


Recommander cet article
reagir   Imprimer   envoyer par mail   Auteurs
Aucun commentaire
ds Ajouter un commentaire
Politique étrangère
Après s’être discréditée en tardant à réagir aux révolutions du monde arabe, l’UE recommence avec les clandestins venus de ces mêmes (...)
Le German Marshall Fund aux Etats-Unis a réuni le week-end dernier à Bruxelles des personnalités importantes autour de questions clefs. Euros du (...)

En partenariat

Auteurs

Begum BULAK

Originaire d’Istanbul, en Turquie, Begüm a suivi des études de droit à l’Université de Genève. Outre une licence en droit, elle est également titulaire d’un certificat de droit transnational. Elle parle parfaitement français et a également savouré la (...)

Benoît ROUSSEL

Directeur des rédactions, rédacteur en chef de la version francophone

Fervent patriote bordelais, fan de ciné, de tennis et de foot, Benoît a fait ses études dans le cadre de la filière intégrée en sciences sociales entre l’IEP de Bordeaux et l’Université de Stuttgart, qu’il a complété par un master en politique et (...)

Filip ENGEL

Mathieu COLLET

Président, directeur

Créateur d’Euros du Village, Mathieu dirige le projet. Il est également président d’Euros / Agency, agence de conseil en stratégies de communication créée en décembre 2011. Diplômé de Sciences Po Grenoble, d’un DEA de Sciences Politiques, et d’un Master (...)

Pierre ROCA

Vice-président

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble et du Collège d’Europe, Pierre vit au Danemark où il travaille pour une compagnie pharmaceutique danoise. Il a notamment été stagiaire auprès de Béatrice Patrie, députée socialiste française au (...)

Sur internet

International Institute for strategic studies
Site officiel (en anglais)

Gilles Kepel - CERI
Page personnelle de M. Kepel

Terreur et Martyre
Le blog de G. Kepel

François Heisbourg : « Sur le nucléaire iranien, la France n’est pas isolée »
Le Monde (entretien audio)
Derniers commentaires

devouvre le website certainement avantageux. Moi pense lequel ego revenir lorsque l’envis afin de decouvrir article. casino avec bonus

Merilyn sur AVORTEMENT : une revendication (...) | 18 mai 2012, 13:49 (14)

jouer casino gratuit trouve votre site sincerement interessant. Moi-même pense qui je reintegrer lorsque plus de temps afin de consulter dire.

Melissa sur Stratégie UE 2020 : chronique d’une (...) | 15 mai 2012, 17:53 (3)

jouer au casino gratuitement machine a sous Moi-même trouve votre website tres captivant. Moi espere nous-même reexaminer plus de temps afin de decouvrir nouveaux (...)

Debra sur 8 banques recalées aux « stress tests (...) | 15 mai 2012, 17:35 (1)

Salutation, Merci d’avoir partagé cet article avec nous. A bientôt.

fabienne sur Pouvoir d’achat : que peut-on réellement | 10 mai 2012, 13:55 (7)

Salut, merci pour ces informations très interessent. C’est avec grand plaisir que je suiverai vos futurs publications. Bonne continuation. parier sur le foot en ligne (...)

matthieu sur Crise alimentaire mondiale, émeutes (...) | 9 mai 2012, 18:25 (6)

Ils nous tweetent
Facebook

L’affaire de corruption au Parlement européen, mettant en cause 3 eurodéputés sur les 60 approchés par le Sunday Times vous semble

Les blogs des sections locales et thématiques du groupe Euros du village
Le « Sonderfall » hongrois face à l'Europe
Par Zoltan BECSI
17 mai 2012
L'heure de l'apaisement pour l'hyper président
Par Gauthier Corbat
15 mai 2012
Hollande : l'enjeu de la croissance. Vraiment ?
Par Søren Henrichsen
14 mai 2012
Apprivoiser l'hydre de Bruxelles
Par Candice Léchot , (...)
11 mai 2012
La France, une nouvelle Grèce ?
Par Nataliya BORYS
8 mai 2012

Le Groupe des Belles Feuilles (GBF), rassemblement de jeunes professionnels intéressés par les questions européennes, lance « Vigie 2012 », une initiative innovante pour scruter la place de l’Europe dans la campagne présidentielle.

Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

Politique
Economie
Société & Médias
Développement durable
Affaires intérieures
Affaires extérieures
Bruxelles & Euro-bulle
France
UE 27
L’autre Europe
Monde
© Groupe Euros du Village 2010 | Mentions légales | Site réalisé avec SPIP | Réalisation technique et design : Media Animation & Euros du Village France