Quelle modernité ! C’est par l’intermédiaire de son compte twitter que le très branché POTEC (pour Président Of The European Council), Herman van Rompuy, a annoncé qu’un sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement dédié à la réforme des règles de la zone euro allait se tenir le 11 mars prochain. Au menu : la discussion de nouvelles mesures destinées à favoriser la convergence économique et sociale entre les Etats membres, et par-là à rétablir la compétitivité de ceux souffrant de graves déséquilibres, notamment budgétaires. Plus concrètement, c’est le fameux « Pacte pour la Compétitivité » dont une première esquisse avait été présentée lors du sommet européen de début février, qui devrait constituer le point de départ des négociations. Ce pacte, initialement conçu par Angela Merkel et son ministre des finances Wolfgang Schäuble, a été repris à son compte par le gouvernement français et est maintenant présenté comme une initiative franco-allemande « à l’ancienne », c’est-à-dire que les deux poids lourds tentent de faire accepter par l’ensemble des autres membres de la zone euro (dont, rappelons le, le Royaume-Uni ne fait pas partie).
Mais c’est un euphémisme que de dire que le pacte, tel qu’il est connu jusqu’à présent, est loin de ne faire l’unanimité, tant en ce qui concerne son contenu que la méthode employée. Sur le contenu d’abord, il s’agit de trouver le moyen d’harmoniser des éléments de politique économique et sociale tels que la fiscalité, les retraites et l’emploi, ce qui était politiquement inconcevable il y a encore quelques mois (notamment pour l’Allemagne, dont on perçoit ainsi l’ampleur de l’évolution récente). Les souverainistes et la gauche européenne crient au loup, de même que certains Etats membres comme la Grèce et l’Espagne, qui craignent pour l’intégrité de leur modèle social (car n’en doutons pas : harmoniser les retraites, par exemple, impliquera de rendre plus stricts les régimes des retraites de ces deux pays). Sur la méthode ensuite, certains Etats goûtent peu la manière dont la France et l’Allemagne tentent d’imposer leurs vues en solitaire, tandis que les fédéralistes, comme le Belge Guy Verhofstadt, mettent en garde contre la mise en œuvre de structures intergouvernementales au détriment de la sacro-sainte « méthode communautaire » (c’est-à-dire supranationale).
Même Jose Manuel Barroso, d’ordinaire si prudent, s’est fendu d’une petite sortie en dénonçant le « flou » de la méthode employée jusque-là. C’est dire si les négociations s’annoncent rudes…


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