Le 10 décembre 2008, un jour particulier
L’invitation du Haut Représentant à la cérémonie avait une signification toute particulière puisque le 10 décembre 2008 était le jour de l’anniversaire de la déclaration des droits de l’homme de l’ONU, et que sa présence devait nous rappeler que le respect des droits de l’homme que nous tentons de promouvoir sur la scène internationale forme un socle sur lequel l’Europe s’est construite en réaction aux atrocités de la Seconde Guerre Mondiale. Le choix de Jorge Semprun, homme politique et écrivain espagnol qui fut déporté au camp de Buchenvald de 1943 à 1945 et a ensuite lutté contre l’oppression de la dictature de Franco en Espagne, comme Président du jury n’est d’ailleurs pas anodin puisque Jorge Semprun accorde une importance toute particulière au respect des droits fondamentaux et à la construction européenne qui a permis d’éviter que l’Europe ne se déchire à nouveau.
Tony Judt, lauréat du prix du Livre européen avec l’ouvrage Après-guerre

- Le Prix du livre européen 2008
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Tony Judt a reçu le prix du livre européen 2008 - Illustration de Plantu
Cette année, c’est le livre de Tony Judt, Apres Guerre, publié chez Armand Colin, qui a reçu le prix. Cet ouvrage a séduit le jury composé de 10 journalistes (Andrea Bonanni de La Republica, Bernard Bulcke de De Standaard, Henri de Bresson du Monde, Thomas Klau du Financial Times Deutshland, Jean Quatremer de Libération, David Rennie de The Economist, Xavier Vidal-Folch d’El Pais, Rolf Gustavvson de Svenska Dagbladet, Jurek Kuczkiewicz du Soir, et Marek Beylin de Gazeta Wyborcza) et présidé par Jorge Semprun, pour le travail d’historien remarquable dont il a fait preuve dans son récit de l’histoire de l’Europe. Il s’agit d’un ouvrage ambitieux puisqu’il s’atèle à relater l’histoire de l’Europe depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale mais qui a le mérite d’être précis et très accessible. C’est un livre qui, comme l’a indiqué Denis McShane, député travailliste britannique, se lit très facilement et tolère les pauses et reprises irrégulières d’un lecteur. Si la première partie de l’ouvrage a rapidement conquis tous les membres du jury, et les pages sur le Plan Marshall ont été visiblement très appréciées de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, la deuxième partie de l’ouvrage qui porte notamment sur la construction communautaire a laissé le jury un peu plus indécis. La construction européenne semble véritablement commencer selon lui en 1985… ce qui est discutable. Mais cela a le mérite de nous montrer que le jury est ouvert à d’autres interprétations de l’histoire de l’Europe que celle qu’en a fait l’historien Duroselle, et qu’il peut apprécier une approche de la construction communautaire différente.
L’histoire personnelle de l’auteur se traduit un peu dans son livre. Elle est notamment visible dans l’attention particulière que Tony Judt porte à l’Europe de l’Est. Juif dont la famille a fuit la Russie et la Lituanie, élevé en Grande-Bretagne, en Israël et en France, il a finalement décidé de partir enseigner aux Etats-Unis où il réside actuellement.
Un deuxième cru réussi mais qui n’est pas encore à la hauteur des espérances de ses initiateurs
Marie Riber, administratrice de l’association Esprit d’Europe, déplore, malgré la présence de nombreux membres de la presse le jour de la cérémonie, le faible impact médiatique de l’évènement. Elle pense ainsi que le format de la sélection et de la cérémonie du prix du Livre européen sera sans doute modifié l’année prochaine pour notamment donner plus d’ampleur et de contenu à l’évènement. Les contraintes matérielles et linguistiques auxquelles font face les organisateurs dans le travail de sélection des ouvrages (qui doit refléter une certaine diversité littéraire européenne) impliquent que seuls les ouvrages traduits dans une des langues que les membres du jury peuvent comprendre ne soient sélectionnés. Dans tous les cas, il s’agit d’une initiative ambitieuse qui si, on l’espère, perdure, pourra certainement dépasser un certain nombre de ces contraintes matérielles et linguistiques à l’avenir.
Le livre, porteur de sens et de mémoire
Si le prix du Livre européen a pu être lancé, c’est notamment grâce au soutien de l’ancien Président de la Commission Jacques Delors. Président du Comité de parrainage du prix du Livre européen, Jacques Delors a expliqué son soutien ainsi : « La dimension culturelle est omniprésente dans l’histoire de la construction européenne (…) l’Homme ne vit pas seulement de l’économie, d’un grand marché et d’une monnaie commune. Le livre est un vecteur essentiel de la culture de la mémoire et de l’échange sur les valeurs, qui nous font vivre. ».
Martin Schulz, Président du Parti Socialiste Européen, a lui aussi souligné l’importance du livre, et pas seulement parce qu’il a passé la plus grande partie de sa vie à en vendre, mais parce qu’un des livres qu’il a lu a véritablement influencé sa vie d’homme politique allemand, il s’agit de celui de Jorge Semprun Un beau dimanche dans lequel l’auteur raconte sa vie au camp de Buchenvald. Ce livre lui rappelait les obligations de l’Allemagne après guerre, notamment de devoir tout faire pour éviter que les droits fondamentaux ne soient à nouveau bafoués ainsi. Il n’a pas manqué dans son intervention de mercredi soir de faire référence aux nouveaux dangers qui selon lui menacent le projet européen. Ce qui l’a poussé à dire que « quand le parti au pouvoir en Autriche considère que la politique d’emploi du IIIème Reich était appropriée, ou quand le chef de la Chambre des députés italienne dit qu’il préfèrerait entendre des bateaux sonner le canon plutôt que de voir arriver des bateaux remplis de réfugiés aborder les côtes italiennes, on se dit qu’il y a encore beaucoup de choses à faire ». C’est pourquoi le respect des droits fondamentaux, progressivement reconnus et garantis par la Cour de Justice Européenne (alors même qu’aucune mention n’en était faite dans les traités), est une lutte de tous les jours.

- « Nous sommes réunifiés pour notre chance »
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a déclaré le Président du Parlement européen, Hans Gert Pöttering lors de la remise du prix du livre européen.
Le Président du Parlement Européen, Hans-Gert Pöttering, a lui aussi fait référence à l’Histoire dans son intervention, en répétant une phrase qui lui tenait à cœur : « Nous sommes réunifiés pour notre chance ». La réunification du continent européen est selon lui une chance et ne doit pas être calculée en termes de coût économique mais plutôt exprimée en termes sociaux et culturels. L’Europe a besoin de symboles autour de laquelle elle peut identifier ses valeurs et forger son identité. Le prix du Livre européen selon Hans-Gert Pöttering est un de ces symboles, qui sont absolument nécessaires au projet européen.
« Donner envie d’Europe »
Telle est l’ambition de ce prix qui cherche à récompenser ceux qui écrivent et promeuvent le débat sur l’Europe, donnent leur vision de l’Europe, et cherchent ainsi à mieux la comprendre, en s’interrogeant sur le sens de ses politiques, de ses positions sur la scène internationale, etc. C’est une récompense à ceux qui participent à rendre l’Europe plus démocratique, puisque si l’on suit le raisonnement d’Habermas, l’Europe a besoin de construire « un espace public européen », c’est-à-dire une opinion publique européenne, qui ne peut se créer que par un échange, certains diront par une confrontation (Hix et Follesdal notamment), de visions sur le projet européen. Créer le prix du livre européen, c’est encourager cette dynamique d’échanges de vue sur l’Europe.
Rendez-vous l’année prochaine pour la troisième édition du prix du Livre européen. Guy Verhostadt nous a d’ailleurs confié lors de la cérémonie qu’il s’était déjà remis au travail… et espère bien remporter à nouveau le prix dans quelques années.


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