Au moment où les politiques (Merkel et Sarkozy) prétendent reprendre la main sur les marchés en menaçant les prêteurs privés à l’Etat Irlandais de contribuer à la restructuration de la dette irlandaise, ces derniers prennent peur et tentent de se débarrasser de leurs créances irlandaises devenues douteuses en les déversant sur le marché, en faisant flamber les primes de risques (taux d’intérêt) et en aggravant du même coup la situation de ce pays. Classiquement il est à craindre que tous les prêteurs privés détenant des emprunts d’autres Etats surendettés de la zone Euro adoptent le même comportement, au risque de déprécier les actifs obligataires des banques les plus exposées et de créer une banqueroute généralisée en Europe..
Pour stopper cette épidémie « systémique » comme on dit, il a donc fallu que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel fassent promptement amende honorable et reviennent publiquement sur leur déclaration. Jean-Claude Trichet les en avait pourtant prévenus des risques, au prix de recevoir en retour du Président français, une remontrance publique cinglante autant qu’inconsidérée.... Aujourd’hui, les choses doivent être plus claires dans l’esprit d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy : quand on est adepte du tout marché, on est esclave du marché. La leçon vaut aussi pour tous ceux de Droite ou de Gauche qui se droguent aux déficits publics, dont l’exemple irlandais confirme que c’est la plus sûre façon d’aliéner l’indépendance du politique aux spéculateurs..
Mais le plus incompréhensible sans doute pour nos concitoyens, c’est que la crise irlandaise renverse les termes du scénario grec : l’Irlande rechigne à l’aide de l’Union Européenne quand l’Allemagne, qui ne voulait pas intervenir en Grèce, l’implore aujourd’hui de l’accepter (alors qu’elle invoquait encore il y a quelques jours une objection juridique de sa Cour Constitutionnelle) !...Comprenne qui pourra !
C’est que l’Irlande, dont le sentiment européen n’est pas de la première robustesse, ne veut pas que les Européens mettent leur nez dans ses dépenses publiques, quand l’Allemagne réalise qu’avec la monnaie unique, un mauvais rhume irlandais menace de gripper ses banques et de ruiner ses petits déposants. Pendant ce temps, en l’absence de plan d’assainissement budgétaire de l’Irlande (32 % de PIB de déficit !), c’est la seule Banque Centrale Européenne de Jean-Claude Trichet qui écope tant bien que mal en rachetant à vil prix les créances dont les privés se délestent, par une production massive d’euros qui le dévalue pour le meilleur (la compétitivité monétaire européenne) et surtout pour le pire (la dévaluation des épargnes, la fragilisation des banques et le renchérissement du prix de l’énergie).
En réalité, l’Europe subit l’interminable supplice d’une zone monétaire unifiée qui n’est pas maîtresse de sa politique budgétaire, éclatée en 27 souverainetés nationales vétilleuses...
La prédiction de cette situation kafkaïenne était pourtant très clairement énoncée par les économistes dans les années 90, à l’époque de la conception de l’Euro.
La solution à cette situation délétère, faute de s’inscrire dans une avancée résolue du fédéralisme budgétaire européen, paradoxalement combattu par la France et l’Allemagne dans la discussion avec le Parlement européen sur le budget 2011 de l’Union, nous est esquissée avec diplomatie mais fermeté par Wolfgang Schaübble, l’excellent Ministre des finances allemand. Elle consiste à instaurer sur l’Union Européenne un Directoire franco-allemand, plus allemand que français, au motif difficilement contestable que les deux plus importantes économies d’Europe ont une responsabilité particulière à ne pas se laisser déstabiliser par le laxisme budgétaire des uns ou des autres. Ce message allemand, qui s’adresse à l’Irlande, est aussi une façon subliminale de s’adresser à la France. C’est l’avenir de l’Europe qui est jeu, comme nous en avertit, du haut de son impuissance européenne, Herman van Rompuy.
En fait, l’Allemagne vient, sous la pression des évènements, de se convertir à une forme de Gouvernement économique de l’Union, qui consiste ni plus ni moins à mettre sous tutelle les Etats défaillants en contrepartie de l’aide que leur apporte l’Union pour se sauver elle-même. Cette évolution empirique des Allemands, à laquelle les pressait notamment la Gauche française depuis plusieurs années, présente l’ironie de les placer en position de tuteur européen. On comprend mieux pourquoi Nicolas Sarkozy présente aux Français comme un choix politique d’aligner le budget et la fiscalité français sur la rigueur allemande...Ce n’est pas tant un choix politique français souverain qu’une contrainte européenne dont, au passage, la Gauche française devra s’accommoder sauf à faire imploser l’Europe.
Une autre solution, plus européenne, moins allemande, économiquement plus durable, aurait été d’évoluer vers un véritable budget « fédéral » européen capable de développer une politique budgétaire européenne unique face à la monnaie unique. Las ! on en mesure l’utopie. L’Allemagne y est farouchement opposée, donc la France aussi...
Merkel-Sarkozy font cruellement défaut à Mitterrand-Kohl. Le moteur franco-allemand est devenu frein, au risque que les candidats à l’entrée dans la zone euro s’y reprennent à deux fois avant de renoncer à leur « indépendance » nationale..
La crise accouche d’une police économique européenne, plutôt que d’une politique budgétaire européenne...


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The luck of the Irish – lessons to be learnt

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