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POLOGNE : les dangers du repli nationaliste

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Le nationalisme polonais a encore frappé ! Le 2 février dernier le gouvernement polonais du parti Droit et Justice (PiS droite conservatrice) a signé l’accord que la plupart des démocrates raisonnables redoutaient : le pacte de stabilisation avec le parti d’extrême droite ultra-catholique de la Ligue des Familles Polonaises (LPR) et le parti populiste Autodéfense (Samoobrona). Bien que provenant d’horizons politiques différents, les deux partis se rejoignent dans leur vision de la société fondée sur la réaffirmation des valeurs traditionnelles chrétiennes, sur un nationalisme militant, teinté d’homophobie et de xénophobie, et un protectionnisme social excessif.


Depuis un mois, l’absence d’accord entre le parti au pouvoir et le principal parti d’opposition Plateforme Citoyenne (PO parti de droite libérale), notamment sur la question du budget 2006, faisait planer sur le Parlement la menace d’élections anticipées. Il semble que cette menace ait été, pour un temps du moins, écartée. Mais la signature du pacte de stabilisation avec les deux formations extrémistes et eurosceptiques fait peser d’autres menaces sur la société et l’économie polonaises autant que sur l’évolution des négociations au sein de l’UE. Cette situation n’est pas sans rappeler la crise autrichienne et la réaction européenne en 2000 face à l’entrée du FPÖ de Jörg Haider dans le gouvernement du conservateur Wolfgang Schüssel. L’ironie de l’histoire veut que la situation resurgisse au moment même où Schüssel assume, au nom de l’Autriche, la présidence du Conseil. Mais il existe au moins deux différences majeures qui expliquent la réaction plutôt timide et réservée de l’UE face à ce qu’il n’est pour l’instant pas (encore ?) convenu d’appeler la « crise polonaise ». Tout d’abord, et cette différence est fondamentale, l’accord de stabilisation signé pour une durée d’un an renouvelable porte sur un ensemble de 140 mesures législatives. Il ne prévoit pas l’entrée des deux partis dans le gouvernement, contrairement à la situation en Autriche et en dépit des revendications d’Andrzej Lepper (à la tête de Samoobrona) qui entendait devenir vice Premier Ministre. Par ailleurs, l’UE n’est pas aujourd’hui en état d’assumer une crise aux effets politiques plus qu’incertains. Empêtrée dans la question de son avenir et de la Constitution, la Commission ne peut se permettre de heurter une opinion publique européenne de plus en plus orientée à droite, si l’on en croit l’équilibre des forces politiques au sein des Etats membres. D’autant que face à la flambée de violence qui a fait suite à l’affaire des caricatures, la crise du nucléaire iranien et l’élection d’un mouvement terroriste à la tête de l’Autorité palestinienne, les enjeux politiques polonais ne semblent pas avoir déchaîné les passions, ni éveillé les pires inquiétudes.

Effets attendus : réaffirmation des intérêts et contrôle de la société

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Et pourtant, certains signaux assez peu encourageants laissent présager des moments difficiles. Jarosław Kaczyński, leader du PiS et frère jumeau du Président polonais, a déjà déclaré à propos des négociations au sein de l’Europe que « La défense de [nos] intérêts nationaux sera quotidiennement à l’ordre du jour, et [nos] partenaires devront en prendre note ». Cette attitude n’est, bien sûr, pas nouvelle et les longues négociations d’adhésion avaient démontré à plusieurs reprises que la Pologne entendait défendre ses intérêts à tout prix. Fin janvier, la menace de veto polonais sur l’abaissement de la TVA avait déjà secoué l’entente communautaire et questionné la volonté de la Pologne de renoncer à certains intérêts non essentiels pour permettre à l’Europe d’avancer. Il est probable qu’avec la participation au gouvernement de deux partis qui ne brillent pas par leur enthousiasme proeuropéen, de telles situations soient amenées à se répéter encore souvent. Sur ces questions, l’intérêt politique joue presque autant que l’honneur et la Pologne ne pourra accepter de perdre une nouvelle fois la face sans que l’opinion publique polonaise ne s’en offusque. Or les réformes sociales souhaitées aussi bien par LPR que par Samoobrona, et déjà en partie inscrites dans le pacte, pourraient engager l’Etat dans une politique économiquement intenable et exigeant un interventionnisme social excessif incompatible avec les priorités européennes. Mais dans la mesure où le risque d’élections anticipées n’est que provisoirement écarté on peut s’attendre à ce que le gouvernement cherche à prouver sa capacité à faire prévaloir ses intérêts afin de rassurer un électorat sensible sur la question sociale, et frileux sur la question de l’indépendance de la Pologne. Le deuxième sujet d’inquiétude soulevé par la signature de ce pacte avec deux partis extrémistes, est plus troublant encore. Il concerne l’adhésion du gouvernement au modèle de société prôné par LPR et Samoobrona. Ce modèle repose sur la réaffirmation de valeurs traditionnelles portées par la famille, la religion et la nation. Le premier indice de ce virage dangereux vers la droite radicale ne s’est pas fait attendre. Jarosław Kaczyński (PiS), Roman Giertych, (LPR) et Andrzej Lepper (Samoobrona) ont volontairement signé leur pacte en présence d’une seule télévision, Trwam, l’équivalent télévisé de Radio Maryja. Cette radio ultra-catholique et ouvertement antisémite est parvenue à maintenir une certaine influence sur l’opinion publique polonaise malgré l’opposition de plus en plus marquée du Vatican et de l’épiscopat polonais condamnant la politisation plus que les excès du père Tadeusz Rydzyk, propriétaire de Trwam et de Radio Maryja. Et pourtant c’est bien sous ses auspices que le pacte a symboliquement été signé. La presse polonaise s’est légitimement indignée et a boycotté la première conférence de presse. Cependant, l’indignation a porté plus sur le principe de l’exclusivité accordée que sur le choix qui a été fait de l’accorder à une petite télévision privée aux idées intégristes.

La guerre contre les médias a été lancée et le gouvernement a déjà marqué le second point en annonçant le vote d’une loi interdisant les images à caractère violent ou sexuellement suggestif dans les médias. Un comité de contrôle rédigeant des rapports sur l’orientation des media devrait également être prochainement crée. Censure ? non répondent les promoteurs du projet, simplement un organe consultatif censé contribuer à rétablir une certaine « moralité publique » et protéger la jeunesse des affres de la modernité obscène. Hypocrisie ? Certainement. Alors qu’au nom de la liberté d’expression, le journal Rzeczpospolita publie les fameuses caricatures de Mahomet, au même moment le maire de la ville de Myślenice (petite ville du sud de la Pologne), fait retirer d’une galerie d’art un tableau représentant le Christ au motif que l’oeuvre pourrait « heurter le sentiment religieux de la population ».

Un pacte de stabilisation bien déstabilisant

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Pour les frères Kaczyński, le principal objectif d’un tel pacte était de gagner du temps pour pouvoir aborder la perspective de nouvelles élections en position de force et non de détresse avec l’espoir de dégager une majorité suffisante pour gouverner sans alliés encombrants. Le LPR et Samoobrona ont en revanche tout intérêt à garder cette position confortable d’arbitres entre deux majorités impossibles et éviter de nouvelles élections qui pourraient les faire retomber dans l’ombre. Ainsi, malgré les apparences, il est probable que le PiS soit resté en position de force et contrôle la stabilité du pacte en agitant la menace d’élections anticipées. Cette menace est d’autant plus réelle que depuis le 31 janvier, date limite avant laquelle le budget actuellement étudié par le Sénat devait être transmis au Président, celui-ci peut légalement abréger le mandat du Parlement (Sejm) et appeler à de nouvelles élections. Ce n’est donc pas par renoncement face à la pression de ses alliés mais bien par intérêt politique et adhésion idéologique que le PiS fait appel à l’électorat d’extrême droite et à celui d’extrême gauche inquiété par la position libérale de la Plateforme Civique et déçu par l’échec du SLD (alliance de la gauche démocratique, grand perdant des élections législatives du 25 septembre 2005). Le dernier sondage effectué après la signature du pacte a confirmé l’avance du PiS sur la Plateforme Civique malgré le net rapprochement de cette dernière. Cette alliance que les sympathisants des frères Kaczynski ne semblent pas trouver contre-nature n’a donc pas été sanctionnée par l’opinion publique. Reste à savoir comment l’électorat et plus généralement la société polonaise réagira à l’expérience du pouvoir d’une droite flirtant avec l’extrême.


Vignette d’illustration : le président Kaczynski, le jour de sa victoire aux élections (Reuters)


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Béatrice PRASQUIER

Diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (master Métiers de l’Europe) et du Centre d’Etudes Européennes de l’Université Jagellone de Cracovie (Master études de l’Europe centrale et orientale) Béa a beaucoup travaillé en Pologne sur les questions (...)
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