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Pascal Canfin : « Quand les idéologies s’écrasent contre les réalités, c’est qu’il est temps d’en changer »

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Pascal Canfin, eurodéputé Vert français, revient avec les Euros sur les récentes initiatives européennes en matière financière, économique et sociale : révision de la supervision financière, gouvernance économique, encadrement des hedge funds et des bonus des traders...


De quoi parle-t-on ?

- Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) : Autorité remplaçant le Comité européen des régulateurs boursiers (en anglais : CESR), créé en 2001. L’autorité européenne des marchés financiers (AEMF, ou ESMA en anglais) est chargée du contrôle et de la supervision des acteurs et des échanges sur les produits financiers (produits dérivés, agences de notations, hedge funds). Elle conseille la Commission et coordonne les actions des superviseurs nationaux.

- Proposition de règlement sur les produits dérivés (EMIR) : Dans une récente proposition, la Commission a proposé d’encadrer les produits dérivés, des produits financiers indexés sur les cours de matières premières (blé, cacao, éthanol, nickel, etc...) afin d’éviter des fluctuations des cours aux conséquences gravissimes pour les populations des pays en voie de développement. Le sujet figure également à l’agenda de la Présidence française du G20, qui commencera en novembre.

- Proposition de directive Alternative Investment Fund Managers (AIFM) : Projet de directive réglementant les activités des gestionnaires des fonds d’investissements alternatifs (hedge funds, private equities). Cette directive fait l’objet d’une âpre bataille en Europe, au sein des institutions européennes (Parlement et Conseil) notamment en ce qui concerne l’accès des fonds issus de pays tiers (Etats-Unis, îles Caïmans, Canada, Chine) au marché européen.

- Produits dérivés : produits financiers dont la valeur fluctue en fonction de celle d’un autre actif, dit sous-jacent, comme une action ou une matière première.

- Ventes à découvert : action qui consiste à vendre un actif que l’on ne possède pas au moment où la vente est négociée, mais que l’on se met en mesure de détenir le jour où sa livraison est prévue.

- MIF II : révision de la directive Marchés des Instruments Financiers de 2007, ayant ouvert les marchés boursiers à de nouveaux opérateurs tout en réglementant la transparence pré et post-marché. La révision doit permettre de revoir les aspects les plus problématiques (transparence, coûts assumés par les opérateurs historiques, trading de très haute fréquence).

- Projets de taxes bancaires : Fond pour les garanties de dépôts, fond pour prévenir les futures crises bancaires de type systémique, taxe sur les actifs ou les passifs bancaires : les banques européennes sont bien mises à contribution ! Encore faut-il y ajouter les projets de taxes sur les banques, annoncés en Allemagne, au Royaume-Uni et en France et étudiés au niveau européen (et mondial !)...

- Bâle III : propositions de réglementation prudentielle du Comité de Bâle visant notamment à augmenter les exigences en fonds propres des banques.

- Finance Watch : contre-lobby bancaire composé d’acteurs de la société civile, prônant une meilleure transparence et un contrôle plus efficace des marchés financiers.

- Rapport Ngoc : Rapport controversé du Parlement européen sur les politiques macro-économiques européennes de 2010. Les orientations du rapporteur Liem Hoang Ngoc (PS français) ont été totalement renversées par les amendements de la droite (libéraux et conservateurs) au point que le rapporteur a retiré son nom du rapport.

- Paquet Supervision : paquet de règlements et directives organisant la nouvelle architecture de supervision financière adopté en septembre 2010. Il remplace les anciens comités de niveau 3 par des trois autorités européennes de supervision (une pour les banques, une pour les assurances, et une pour les marchés financiers) plus puissantes et plus intégrées. Il crée également un Comité européen du Risque systémique, présidé par le Président de la Banque Centrale Européenne, chargé d’alerter les Etats membres et de leur soumettre des recommandations afin de prévenir tout risque de crise.

- Commission CRIS : commission spéciale du Parlement européen sur la crise financière, économique et sociale.

- FTT (financial-transaction tax) : taxe sur les transactions financières, surnommée également « taxe Tobin », visant à prélever 0,005 % des fonds échangés et les transférer au budget des Etats membres ou dans des grands projets (aide au développement, lutte contre le changement climatique).

- Task force du Conseil européen : Constituée en mars 2010, la Task Force est un groupe d’experts chargés de faire des propositions aux chefs de gouvernement de l’Union européenne en vue d’améliorer la gouvernance économique de l’Union. Son rapport a été rendu public fin septembre 2010

1) Depuis un an, le Parlement européen, et toute l’U.E, semble avoir amorcé un virage pro-régulation en matière financière. S’agit-il d’un tournant « idéologique » ou est-ce uniquement conjoncturel (en réponse à la crise) ?

Heureusement que la conjoncture fait bouger les lignes. Quand les idéologies s’écrasent contre les réalités, c’est qu’il est temps d’en changer. Pour autant, derrière les discours pro-régulation, beaucoup semblent oublier les leçons de la crise quand il s’agit de prendre des mesures concrètes. Nombreux sont ceux qui croient encore à l’efficience des marchés. Comme si la crise n’avait pas été assez profonde pour changer les mentalités.

2) Sur le dossier de la supervision, quels sont, selon vous, les points positifs de l’accord auquel vous êtes parvenu avec les autres institutions ? Quels sont les points sur lesquels vous auriez aimé aller plus loin ?

Le groupe des Verts au Parlement européen a soutenu l’accord trouvé avec le Conseil. Cet accord fait avancer l’Europe en la dotant enfin d’un système de supervision commun indispensable pour réguler un marché financier intégré. Reprenant une proposition portée par le Groupe des Verts, le texte final donne également à l’autorité européenne des marchés financiers (ESMA) le pouvoir d’interdire certains produits financiers si ceux-ci font peser un risque sur la stabilité financière. La ligne plus fédéraliste et plus régulatrice du Parlement aura donc réussi à contrarier le souverainisme des Etats. Pour autant, nous aurions aimé que ces agences aient un pouvoir de supervision directe sur les principales banques européennes. Nous chercherons à étendre le pouvoir des agences dans les futures législations, à commencer par la proposition de règlement sur les produits dérivés (EMIR).

3) La régulation financière, pour les banques et le secteur financier, s’illustre par un agenda européen très chargé (AIFM, produits dérivés, ventes à découvert, MIF II, projets de taxes bancaires, Bâle III). Comment mener de front ces réformes sans craindre un effet d’accumulation pour les banques, qui puisse se reporter, in fine, sur les consommateurs (restriction de l’offre de crédit) ?

Jusqu’à présent, c’est justement l’absence de régulation qui s’est reporté sur les consommateurs. Avant de craindre l’excès de régulation, soucions nous avant tout de produire des règles qui éviteront une future crise. Début septembre, Michel Pébereau, président de BNP Paribas, menaçait : «  Bâle III allait tuer la reprise dans l’œuf ». Aujourd’hui, BNP Paribas annonce que le groupe n’aura même pas besoin d’une augmentation de capital pour satisfaire aux futures exigences de Bâle III. On voit bien qui a intérêt à parler de sur-régulation et d’agiter les épouvantails.

4) Avec l’initiative Finance Watch, vous dénoncez l’influence des lobbies financiers à Bruxelles. Le contre-pouvoir que vous souhaitez doit-il être indépendant ou appuyé par les pouvoirs publics européens ?

Le contre-pouvoir auquel j’appelle doit être indépendant tant des pouvoirs publics que politiques. Tant la Commission que le Parlement ont besoin d’une expertise indépendante en matière financière. Evidemment, cette expertise a un coût et un engagement durable de la Commission à financer une telle initiative serait souhaitable, à l’image des financements déjà attribués par la Commission aux associations de consommateurs. La crise a montré que la société civile ne peut plus se permettre de ne pas s’organiser pour faire contrepoids aux lobbies de l’industrie financière.

5) Les attaques spéculatives contre la Grèce ont montré la relation étroite entre politique macro-économique et régulation financière. Pourtant, le Parlement semble divisé sur le premier point (rapport Ngoc) et uni sur le second (paquet Supervision). Comment réconcilier les deux ? Quel sera le rôle de la Commission CRIS à ce sujet ?

Il est clair que la meilleure des régulations financières ne peut rien en l’absence d’une politique économique adaptée. L’Espagne avait la meilleure régulation bancaire d’Europe et n’a pas pour autant échappé à la pire crise immobilière de la zone euro. La encore, les choses évoluent, qui aurait imaginé que l’Europe se dote d’un fonds européen de stabilité financière, il y a encore quelques mois ? Les événements font bouger les lignes. Le rapport voté par la Commission CRIS la semaine passée le démontre également. Certes, il prévoit un renforcement du pacte de stabilité mais aussi un approfondissement de la gouvernance économique européenne à de nouveaux critères (comme le niveau de l’endettement privé) et plaide pour une plus grande harmonisation fiscale notamment au travers d’une FTT. C’est un triptyque nouveau et politiquement intéressant.

6) Qui doit avancer des propositions en matière de gouvernance économique ? La Task Force du Conseil européen, comme actuellement, ou la Commission, comme le préconise Guy Verhofstadt ?

Les avancées en matière de gouvernance économique ne peuvent se faire contre les Etats membres. L’important n’est pas vraiment qui fait quoi mais quel contenu donne-t-on à cette gouvernance économique. L’avenir de la zone euro repose sur un élargissement des critères du pacte de stabilité. La Commission s’est focalisée sur l’endettement public en oubliant l’endettement privé et les déséquilibres de balance courante. Il faut sortir d’une logique idéologique et punitive pour assurer une réelle convergence des économies de la zone euro. Sans cela, la zone euro explosera tôt ou tard. Les propositions de la Commission discutées par l’Ecofin la semaine dernière sont encore trop centrées sur les aspects punitifs.


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Auteurs

Antoine Bargas

Rédacteur en chef adjoint de la version francophone

Antoine est diplomé de Sciences Po Paris (Master Affaires Européennes) et de l’ Université Bocconi de Milan. Dans le cadre du programme Erasmus, Antoine a passé un an à étudier à l’ université d’ Uppsala, en Suède. Après plusieurs stages en France (Air (...)

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