Le PS est à moins de 20% dans les sondages. La liste d’Ile de France était même créditée de seulement 18% la semaine dernière contre à peu près 30% pour l’UMP. Benoît Hamon, en troisième place sur votre liste, n’est pas sûr de sa réélection. Beaucoup de vos électeurs semblent vouloir se reporter sur le Modem, sur Europe-Ecologie ou d’autres listes de gauche. Comment abordez-vous cette dernière semaine ?
Comme toujours en campagne, c’est une semaine très critique. Et les sondages ne donnent pas toujours les bons résultats. Cela veut dire qu’il faut mener la campagne jusqu’au dernier moment. Évidemment, dans cette dernière ligne droite, il faut essayer de faire comprendre aux électeurs l’enjeu de ce scrutin européen, et que le vote du 7 juin, ce n’est pas seulement le vote d’un moment d’humeur mais un vote par lequel on détermine le point d’équilibre de la majorité politique au Parlement européen pour la suite. Et si l’on peut dissocier dans ce vote le simple vote de protestation de celui de proposition. Un vote utile, ça change la donne. Évidemment, pour moi, le problème n’est pas de savoir ce que les uns et les autres pensent d’un tel ou d’une telle au parti socialiste aujourd’hui, mais de savoir comment on évalue le travail des députés socialistes français sortants et quelle contribution au vote ils apportent à cette grande famille, cette grande force alternative à l’échelle européenne qu’est la famille socialiste européenne.
Est-ce que vous ne regrettez pas justement que des personnes ayant une valeur ajoutée reconnue au niveau européen aient été écartées des listes au profit des jeux de courants ? Je pense notamment au cas de Gilles Savary, que nous avons largement évoqué sur Euros du Village. Est-ce que vous ne regrettez pas la façon dont les listes ont été constituées ?
Quand on fait une liste, il faut faire attention aux arguments qu’on utilise, et on ne peut pas toujours concilier des priorités contraires. Nos listes répondent à un besoin de renouvellement ; elles sont renouvelées de moitié et c’est vrai que tous les candidats ne sont pas forcément des gens connus. Martine Aubry l’avait dit au début du processus : elle voulait à la fois confirmer des expertises, renouveler, rajeunir, refléter la diversité, respecter les équilibres régionaux, et respecter les sensibilités de la famille. Je crois qu’elle y est merveilleusement parvenue et je ne fais pas de la langue de bois. Franchement, regardez : nos listes sont prêtes depuis longtemps maintenant et ça a été un processus ouvert, discuté, ratifié par les militants.
Catherine Trautmann et moi sommes de bons exemples de personnalités confirmées, dont le travail est reconnu à travers une reconduction sur les listes. Pour Gilles Savary, Ségolène Royal en a décidé autrement. Quand vous regardez la délégation sortante, il y avait des gens de très grande qualité qui ne se représentaient pas, par exemple Catherine Guy-Quint, dont le travail de parlementaire était exemplaire. Je l’ai déjà souligné en réunion publique : c’est vrai que Gilles Savary fait partie de ceux qui avaient un bon bilan de parlementaire. Après, dans la vie du parti, il y a eu des arbitrages qui font que localement, la priorité a été donnée à Kader Arif. Et puis la sélection est la résultante d’une somme de critères croisés au nombre de quatre : expérience, renouvellement, local de l’étape, et sensibilité du parti. Sa sensibilité en l’occurrence a fait d’autres choix.
Vous n’avez pas peur, vous, députée européenne, présente au Parlement européen depuis longtemps, a priori ré-engagée pour 5 ans, de voir en 2012 de nombreux députés européens socialistes français préférer se présenter aux législatives ? C’est un travers de la délégation socialiste française qui a souvent été dénoncé...
Ce n’est pas ma conception du mandat européen. Ni du respect que l’on doit aux électeurs, ni d’une stratégie d’influence bien comprise des Français au Parlement européen. Avec le renouvellement, je constate que dans la nouvelle liste en Ile-de-France, il y a des jeunes et des gens qui, me semblent-il, parce que je les connaissais d’avant ou que j’ai pu les découvrir à l’occasion de cette campagne, seront très engagés dans leur mandat européen.
Vous êtes à la tête de la Commission Économique et Monétaire jusqu’au 7 juin, une commission importante. Souhaitez-vous y rester pour la prochaine législature ou d’autres thématiques vous tiennent-elles à cœur ? Les affaires constitutionnelles par exemple, pour lesquelles vous vous êtes investie puisque vous étiez membre des deux conventions [NDLR : les conventions qui ont élaboré le projet de Constitution européenne] ?
La Présidence de la Commission Économique et Monétaire, c’est quelque chose qu’il m’intéresserait de poursuivre parce que je pense que dans les 5 ans qui viennent, une fois qu’on sera débarrassé de Charlie McGreevy [NDLR : commissaire européen au marché intérieur, réputé très libéral] et qu’on aura peut-être une fenêtre d’opportunité pour mettre en œuvre nombre de propositions que nous avons portées nous depuis plus de 5 ans dans cette commission, cela pourra être très intéressant. C’est donc un des scénarios possibles, mais il y a d’autres commissions qui pourraient m’intéresser, voire d’autres fonctions.
Et sur quels dossiers tenez-vous à vous engager pour la prochaine législature ?
Selon les fonctions que j’exercerai, parmi les dossiers qui me semblent prioritaires, deux d’entre eux relèvent de la Commission Economique et Monétaire. Tout d’abord, un premier gros paquet relatif à la « régulation et à la supervision des marchés financiers ». Ensuite, avec l’harmonisation fiscale et la définition des minimums sociaux, un paquet à cheval sur plusieurs commissions, sur « les compléments du marché intérieur ». Pour moi, si les partisans du marché intérieur continuent à plaider pour celui-ci sans comprendre qu’il n’y aura pas de marché intérieur acceptable sans un minimum de normes sociales et sans harmonisation fiscale, ils prennent le risque de voir les protectionnistes le faire exploser. C’est une de mes priorités.
Un troisième chapitre sur lequel je pourrai être particulièrement utile, c’est la suite de la stratégie de Lisbonne, avec la mise en œuvre de la stratégie des 4-20 [NDLR : 4 objectifs à 20%, dont la réduction des gaz à effet de serre ou encore le taux de recours aux énergies renouvelables] en y ajoutant la stratégie de l’emploi, qui n’y est pas pour l’instant - ce qui est incroyable. Donc les 4-20 ou les trois E si vous voulez : Energie, Environnement et Emploi.
Je relie ce dossier de la stratégie de Lisbonne au chantier qui attend le prochain Parlement européen qui est la révision des perspectives financières de l’Union. Mais mon problème, c’est que le renouveau de la stratégie de Lisbonne est quand même lié aux résultats des travaux de la commission Gonzalez. Cette commission, née d’une idée du Conseil Européen, a créé un comité des Sages pour réfléchir à l’avenir de l’Europe ; il est présidé par Felipe Gonzalez, ancien président du gouvernement espagnol et comprend des personnalités telles que Vaira Vike-Freiberga, ancienne présidente de Lituanie, ou encore Nicole Notat. S’ils ne parlent pas de la question des frontières, ils réfléchissent aux projets de l’Europe de 2020. Le problème, c’est qu’ils doivent remettre leurs travaux au Conseil Européen, à la mi-2010. Or je pense qu’il serait bien d’avoir ces travaux sur la table plus tôt pour que nous puissions articuler cette vision aux discussions sur le futur budget de l’Union à la fin de cette année.
Le dernier projet d’importance que je vois est le chantier « stratégie industrielle », qui découle des précédents.
Vous voyez ainsi que mes priorités ne sont pas trop institutionnelles.
Certaines des priorités que vous évoquez, qui sont au cœur de votre programme - services publics, harmonisation fiscale, normes sociales - concernent des domaines qui ne relèvent pas de la co-décision. Comment faire en sorte que le Parlement ait une vraie initiative sur ces thèmes-là et un vrai poids ?
Sur les services publics, comme vous le savez, le groupe socialiste, dans la législature qui se termine, avait rédigé un projet, une directive-cadre, qui n’attend qu’à être mis en œuvre par une majorité politique qui voudra bien le porter. Sur la fiscalité, le Parlement européen était quand même associé au processus puisque la législation fiscale passe devant le Parlement européen. Le problème, c’est que le Conseil décide à l’unanimité.
Vous avez par ailleurs récemment évoqué l’idée d’un fonds monétaire européen. De quoi s’agit-il ?
C’est l’idée que, quand on est passé à l’euro, on l’a fait pour se protéger un petit peu de la violence des marchés. On l’a fait en soustrayant les monnaies des différents États membres à la brutalité des marchés lorsqu’ils contraignaient les différentes monnaies à dévaluer ou à réévaluer. Mais on a largement sous-évalué, dans le bilan de l’euro, les divergences entre les économies. C’est-à-dire que le pacte de stabilité a permis peut-être de définir un certain nombre de garde-fous mais n’a pas mis en place de dynamique commune. Il n’a pas non plus empêché les écarts de compétitivité entre les États de se creuser, ce qui se traduit par une différentiation dans la notation de la dette des États membres. Or, à travers le phénomène de la notation de la dette, vous retrouvez le phénomène de violence des marchés. L’idée est donc de mettre en œuvre des emprunts communs aux pays de la zone euro. Cela me paraît tout à fait intéressant, mais ça n’est acceptable que s’il y a une conditionnalité beaucoup plus forte que le pacte de stabilité. D’où l’idée d’un fonds monétaire européen.
Donc cela implique des conditionnalités plus fortes que le pacte de stabilité actuel… Pourtant, celui-ci n’est déjà pas respecté…
Il n’est pas respecté et surtout les marchés n’y croient pas ou n’y croient pas complètement. Si les marchés y croyaient, cela suffirait comme discipline pour que les pays puissent emprunter dans les mêmes conditions que sur les marchés. Or, ça ne fonctionne pas…
Donc l’enjeu, c’est que l’Europe puisse instaurer davantage de confiance ?
Oui, absolument.
Et comment le peut-elle concrètement, alors ?
Ça, c’est une longue histoire. C’est un chantier qui s’ouvre, et un chantier sur le long terme… Est-ce que cela passe par le renforcement du pouvoir de la Commission ? Est-ce que cela passe par l’établissement d’un vrai eurogroupe fort ? Les options sont ouvertes.
S’agit-il d’une de vos propositions ? Je ne crois pas avoir vu cette proposition dans le programme du PS ou dans le manifesto du PSE...
Oui, c’est moi qui l’avance, et certains l’écoutent avec intérêt. Mais ça n’épuise pas toute la question de l’emprunt, parce que ce fonds monétaire européen serait lié à l’emprunt par rapport aux dettes souveraines des États. Mais ça n’interdit pas que l’Union européenne lance des emprunts pour financer des projets d’investissement liés aux chantiers du futur, qui, eux, n’ont pas besoin de la même conditionnalité et d’être conditionnés à une discipline.
On s’avance donc sur l’idée que l’Union européenne n’a pas de dettes et qu’elle a de fait un budget à l’équilibre qui autoriserait, si les règles le permettaient, un recours à des emprunts européens ?
Oui, ça, c’est la deuxième idée du chapitre « emprunts » : l’emprunt sur les stratégies d’investissement. Quand j’évoque le fond monétaire européen, c’est par rapport à la gestion des dettes des États.
Revenons au travail de votre délégation. Quelles avancées peut-on attribuer aux socialistes européens et plus précisément français lors de la dernière législature ? Quels sont pour vous les éléments phares du bilan ?
Eh bien, je dirais que le travail de la Commission Économique et Monétaire me parait absolument remarquable (rires) ! Sérieusement : 5 ans de vigilance, de veille, de harcèlement non stop du commissaire le plus libéral que l’Union ait jamais compté. Dans mon bilan, je suis aussi contente d’avoir arraché un accord sur le bilan qu’on pouvait faire des 10 ans de l’euro. Après, dans les grandes victoires de la délégation socialiste française, il y a tout le travail de Catherine Guy-Quint sur les perspectives financières, un travail de vigilance absolument considérable. Il y a aussi le projet de directive-cadre qu’on avait rédigé pour les services publics avec Harlem Désir et Gilles Savary. Le travail de Bernadette Vergnaux sur les soins de santé, le travail de Gilles Savary dans le secteur des transports, le fait d’avoir arraché un statut des assistants parlementaires grâce à Martine Roure, le travail fourni par Anne Ferreira sur la réglementation pharmaceutique, la suppression des paradis fiscaux en 2014 grâce à Benoit Hamon, et tout le paquet Télécom, même s’il est, pour l’instant, suspendu à la bêtise française, avec la loi Hadopi, me paraît remarquable. Et j’en oublie, forcément.
Pour parler d’un autre bilan français, l’UMP met celui de la présidence française au centre de ses arguments de campagne. Qu’est-ce que cette présidence a apporté de bon et de mauvais selon vous ?
Moi je suis très sévère sur ce bilan…
Commençons par la Géorgie : je pense que les Russes sont vraiment très contents du bilan de la Présidence française. Car les grands gagnants, ce sont quand même eux : la Russie a obtenu ce qu’elle voulait. Rien n’est résolu. Sur le court terme, on a peut-être fait taire les armes, mais dans la réalité, aujourd’hui, les gagnants, ce sont les Russes.
Sur l’Union pour la Méditerranée, j’étais contente d’entendre il y a quelques temps Kouchner révéler que si le dossier était bloqué, c’était parce qu’il y avait un conflit au Proche-Orient. C’est quand même un scoop, ça ! Mais on sent bien que ça patine considérablement. Or, il y avait une fenêtre d’opportunité historique pour reprendre l’offensive ou l’initiative sur ce dossier-là, qui est un des dossiers où, évidemment, la France était légitime pour être à l’avant-garde, en initiative, ou en proposition. Mais la façon dont cela a été fait nous a beaucoup handicapés. Je crains que ça ne permette pas de faire avancer le dossier aussi vite qu’il le faudrait. Regardez le dernier conseil européen : quand on fait une stratégie plus européenne, plus tranquille, les choses avancent sereinement et normalement. Je pense au partenariat oriental, qui a été validé sans que personne ne moufte au dernier conseil européen.
Par ailleurs, sur l’aspect régulation-supervision, honnêtement, sans vouloir faire de mauvais esprit, il y avait là un dossier prioritaire pour la France. Or, alors même que la crise était déclarée depuis le mois d’août 2007, et qu’elle n’a donc pas explosé le 15 septembre 2008 après la chute de Lehmann Brother, la France n’a pas voulu en faire une priorité de sa présidence parce que jMr Sarkozy ne savait pas comment obtenir des résultats clinquants sur un sujet aussi difficile : il pensait surtout à court terme, et résoudre avant tout le dossier législatif du secteur assurances, sur lequel il y avait des intérêts français particuliers. Le résultat, c’est qu’il n’y a pas eu une seule réunion de négociations entre la Présidence française et le Parlement européen pendant toute la présidence française sur le dossier « assurances » alors que sur le dossier régulation-supervision, il y a eu beaucoup d’agitation, beaucoup de sommets, et la mise en œuvre de stratégies uniquement nationales. La mise en place des plans de sauvetage des banques aurait dû être le moment de demander à la Commission de définir les conditions de cette mise en place. Or, la Commission - et la Présidence française ne s’y ait pas opposée - a déclaré : « on regardera a posteriori les plans de restructuration ». Mais, c’est au moment où on prêtait aux banques, à ce moment précis, pendant les prêts, pendant le soutien aux banques, qu’il fallait énoncer les conditions de distribution des stock-options, les conditions de distributions des dividendes, les conditions de parachutes dorés, les conditions d’activité dans les paradis fiscaux et les conditions de financement des PMEs. Rien de tout cela n’a été fait.
Dernier chapitre : le bilan du dossier Énergie-Climat. Là, on a largement cédé aux pressions des lobbies de l’industrie automobile allemande.
Donc, pour moi, le bilan est vraiment sévère. J’ai dit toutes ces choses pendant la présidence, mais je n’ai peut-être pas l’audience pour être entendue. Tout cela est tombé à un moment où le PS était très pris par ses affaires internes et les critiques n’ont peut-être pas été assez audibles.
Le parti homologue allemand du PS, le SPD, s’est prononcé il y a quelques jours en faveur de la candidature de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Après les Espagnols et les Portuguais, n’est-ce pas un signe de désunion ?
J’ai eu Martin Schultz, président du groupe socialiste au Parlement européen, hier, au téléphone, qui me jure ses grands dieux que Müntefering n’a pas dit ça [NDLR : Franz Müntefering, président du SPD, selon Jean Quatremer, se serait rallié à la candidature de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne].
Le SPD ne s’est donc pas rallié à la candidature de M. Barroso ?
Je vous rapporte ma discussion d’hier avec Martin Schulz : Müntefering, dans une conférence de presse, devant la presse diplomatique, a dit qu’il constatait que vue la majorité au Conseil, c’était possible ou probable que le Conseil allait représenter Barroso. Dont acte. Deuxième point, Martin Schulz invite tous ceux qui commentent ces propos à venir vérifier l’information auprès de lui-même ou de Müntefering. Je ne peux pas vous en dire plus. Et c’est vrai qu’à titre personnel, j’aurais préféré faire campagne derrière un candidat socialiste bien identifié, notamment, par exemple, Paul Nyrup Rasmussen. C’est un secret de Polichinelle.
D’accord, mais pourtant, Jean Quatremer affirme que Müntefering négocierait un ralliement du SPD à Barroso...
Justement, Jean Quatremer n’a pas appelé Schulz et Müntefering. Il n’a pas vérifié la portée des propos de Müntefering.
Müntefering a quand même prononcé cette phrase : « M. Barroso est un homme de confiance, un politicien qui a beaucoup d’expérience, et le SPD comprend que leurs amis portugais le soutiennent pour un second mandat ainsi que l’Espagne » ?
Oui, mais pour le Portugal, vous avez quand même vu les déclarations de Soares [NDLR : Mario Soares, ancien premier ministre socialiste du Portugal de 1983 à 1985 et ancien député européen, de 1999 à 2004] ? Il a fait une tribune dans la presse espagnole et portugaise et il a fait un communiqué dans la presse française, disant que Barroso était le dernier homme dont la Commission avait besoin, que ce serait une démission du Parlement européen que de le reconduire. Un texte très très critique. Mario Soares n’est pas candidat à la présidence de la Commission mais il a quand même une certaine autorité au Portugal.
Et par rapport à vos collègues espagnols du PSOE, qui eux, pour le coup, soutiennent Barroso …
Non, non, non. Au PSOE, ça ne passe pas comme une lettre à la poste. S’il y a une majorité alternative possible, il y aura des langues qui se délieront. A chaque fois que cette question a été évoquée au sein du groupe socialiste, et notamment ces dernières semaines, il ne fallait pas être fin analyste pour le savoir : il y a une position très hostile à une reconduction de Barroso, y compris chez les Espagnols.
Vous avez parlé de Poul Nyrup Rasmussen, président du PSE, comme hypothétique candidat des socialistes pour la présidence de la Commission. Et pour le Conseil européen, avec la mise en œuvre du Traité de Lisbonne qui prévoit la désignation d’un président, quelle personnalité vous semble la mieux placée ?
Oh ! Chaque chose en son temps, on n’en est pas là…. La priorité : gagner les élections, le 7 juin, et trouver une alternative à Barroso, dès le 8.
Pour vous, quel est le meilleur argument pour lutter contre l’abstention et contre l’euroscepticisme ?
S’abstenir, c’est quand même laisser les autres décider pour vous. Cela me parait absolument insupportable. Ce que je sens dans cette élection, c’est que beaucoup mesurent l’importance de la crise et se disent « mais au fond, qu’est-ce que l’Europe peut à tout ça ? », en oubliant un maillon essentiel du raisonnement : ce n’est pas l’Europe en général qui n’a rien fait pour résoudre la crise, mais cette Europe-là qui a une majorité de droite. Cela implique de dire que si l’on veut que l’Europe ait une réponse à cette crise, il faut une autre majorité et il faut renforcer ceux qui seront les plus forts en tant que force politique, pour être une alternative crédible. Et le seul choix possible, c’est celui des socialistes.


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