Pour une Europe social-écologique


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Sur fond d’abstention massive et de crise aiguë de la social-démocratie, les élections européennes qui viennent de livrer leur verdict ont au moins amené une bonne nouvelle : la poussée verte. Les écologistes sont en effet le seul groupe significatif en progression au Parlement européen (ils pèseront 7% dans la nouvelle assemblée contre 5,5% dans la précédente). L’Union européenne aurait-t-elle amorcé le 7 juin sa révolution écologique ?


Il est tentant de le croire, tant l’écologie est devenue depuis le début des années 1990 un pilier du modèle européen. Si l’attachement à la justice sociale et l’Etat providence, son bras armé, fondaient l’identité européenne depuis le début du 20ème siècle, la « préférence européenne pour l’environnement » est en passe, au 21ème siècle, de lui redonner du souffle. Le développement durable a valeur constitutionnelle dans l’Union depuis le traité d’Amsterdam (1997). L’Union européenne est le leader mondial incontestable dans la lutte contre le changement climatique. Les standards environnementaux ont contribué à faire du marché unique la véritable politique étrangère de l’Union, imposant le pouvoir de la norme européenne aux entreprises de la planète.

Mais la métamorphose est encore trop lente. Les 53 députés Verts, dont la moitié viennent de France et d’Allemagne, ne pèseront pas lourd face aux 265 représentants conservateurs et libéraux et aux 162 sociaux-démocrates. Le nouveau Parlement européen s’apprête d’ailleurs à reconduire une Commission dont l’engagement environnemental, en nette progression sur certains sujets, fut souvent trop timide. En témoigne par exemple l’insigne faiblesse des investissements verts dans le dérisoire « plan de relance » Barroso (0,016% du PIB de l’Union). Or, les Etats membres ont tendance ces dernières années à vider de leur substance les engagements écologiques européens, comme lors des négociations du « paquet climat-énergie », saboté par les efforts conjugués de l’Allemagne, de l’Italie et de la Pologne.

Pourquoi le progrès écologique est-il encore insuffisant en Europe et comment convaincre les citoyens que « la préférence pour l’environnement » n’est pas incompatible avec « la préférence pour la justice sociale » ? On peut – on doit – simultanément protéger l’environnement et réduire les inégalités, car il s’agit là des deux enjeux les plus pressants de nos sociétés. En réalité, les exigences sociale et écologique sont parfaitement compatibles comme l’illustre le principe de la redistribution des recettes budgétaires tirées de la fiscalité environnementale telle qu’elle a été mise en œuvre en Suède ou en Allemagne. Mais encore faut-il poser les deux questions ensemble : la politique social-écologique est une idée neuve en Europe.

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