L’élection du Parlement européen n’a hélas pas démenti nos craintes.
Un record d’abstention qui est d’abord un record d’indifférence à l’égard de l’Europe. Il confond la responsabilité écrasante de classes politiques plus préoccupées de maintenir leurs positions nationales que de consolider la légitimité du projet européen dans le monde aujourd’hui.
Gilles Savary, chroniqueur sur Euros du Village
Député européen socialiste depuis 1999, Gilles Savary ne possède plus de mandat électif européen depuis le 7 juin 2009. Et pour cause : bien que sa présence sur une liste n’aura probablement rien changé à cet état de fait, compte tenu du très faible score du parti socialiste aux européennes, il aura été évincé des listes de la circonscription du Sud-Ouest lors de leur constitution en mars dernier (voir notre article lié ci-contre).
Il conserve toutefois une activité politique locale, en tant que Vice-Président du Conseil général de la Gironde, ce qui ne l’empêche pas de conserver sa liberté de parole.
Fin connaisseur du monde bruxellois et de la gauche européenne, il sera désormais chroniqueur sur Euros du Village dans notre rubrique « Opinions », aux côtés de nos autres intervenants et experts. Si cette première chronique a la forme d’un coup de gueule et se concentre sur la situation du parti socialiste français, il nous proposera surtout des points de vue sur les politiques européennes, Bruxelles et les grands enjeux européens.
Le recul des populistes de droite comme de gauche est une mince satisfaction en regard de l’incontestable victoire des droites et de la faillite des social-démocraties. La droite reste la valeur refuge des peuples en temps de crise, fut elle paradoxalement celle de sa politique libérale. D’autant que sa figure tutélaire du moment, celle d’Angela Merkel, n’incarne pas spécialement la mystique ultralibérale anglo-saxonne.
En France, le parti socialiste a touché le fond de son inconséquence. Il est distancié comme jamais par Nicolas Sarkozy et talonné par les écologistes de Daniel Cohn-Bendit. Un tel niveau d’abstention n’augure en rien des prochaines échéances mais le parti socialiste aurait tort de ne tirer aucune conséquence de son incapacité à mobiliser son électorat. Sa ligne, son discours, ses leaders, tournent à vide. Trop indécis, trop pathétiquement datés, trop fossilisés dans des slogans creux, des mots-valises et des rivalités de nains pour être crédibles.
Le parti socialiste a payé cash trop de passifs politiques aux yeux d’une France qu’il ne comprend plus :
Une ligne européenne ambiguë dans laquelle plus personne ne se retrouve, héritée de sa fracture référendaire de 2005.
Un parti trop peu européen pour les europhiles, insuffisamment eurosceptique pour les europhobes.
Un congrès de Reims calamiteux, d’éliminations personnelles plus que de construction collective au plus fort d’une crise économique et sociale qui tolère mal l’indécence des jeux d’appareil et des carriérismes ostensibles.
Une procédure de désignation de ses candidats aux européennes défiant toute valeur, tout principe et tout intérêt collectif au profit d’un partage des dépouilles entre clans et courtisans d’appareil.
Le parti socialiste est cul de jatte : il lui manque un congrès, un vrai, et un leader, un vrai. Pour avoir récusé la voie de l’ouverture et de la modernisation à Reims, il devra patienter. Martine Aubry sera maintenue en coma artificiel par ceux qui l’ont faite reine, avant de la débrancher le moment venu.
Dans ces élections, Daniel Cohn-Bendit a pourtant éclairé la voie de la rénovation : il a bousculé les Verts et leurs cadres en leur imposant une liste largement ouverte. Il a fait une campagne sincère et honnête, une campagne européenne. Enfin, il s’est comporté en leader européen. Le soir des résultats il a été le seul à ouvrir une perspective à la gauche en lui proposant de s’unir en une vraie coalition politique « rouge rose verte orange » pour opposer un candidat à Barroso à la présidence de la Commission européenne, pendant que tous les autres partis s’enfermaient dans des commentaires hexagonaux. S’il y a hélas peu de chances que l’appareil de Solférino réponde à cet appel, nos présidents de régions sont déjà à leur compte pour le mettre en œuvre et tenter de sauver leur peau l’an prochain.
Sauve qui peut !
Photo : Parlement européen


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