Revenir au deuxième épisode : « Concurrence fiscale et sociale, faut-il suivre la stratégie allemande ? »
Car qui dit projet politique, dit démocratie. « Le processus est non maîtrisé collectivement », déplore Louis Chauvel. L’Europe n’est pas parvenue à une phase de maturité démocratique où chacun puisse sentir une certaine forme de légitimité, quelle qu’elle soit. L’élargissement à l’Est est symptomatique de ce que les peuples sont restés en retrait des décisions prises au niveau européen. « L’Europe à 27 est différente de l’Europe à 12 où les Français continuent à vivre mentalement. » C’est la raison de l’échec du référendum sur le Traité constitutionnel, qui a vu les classes intermédiaires diplômées venir grossir les rangs du ‘non’ populaire, qui s’était déjà exprimé lors du référendum sur le Traité de Maastricht. Gérard Cornilleau ajoute que le manque de clarté sur la répartition des compétences contribue à ce décrochage, prenant l’exemple de la question des retraites qui, bien que de la compétence des Etats membres, fait l’objet d’une pression permanente de la part des institutions communautaires dans les choix qui sont pris.
Dès lors, puisque l’Europe n’a pas de véritable légitimité politique, elle n’a d’autre choix que de puiser dans la doctrine pour trouver cette légitimité, nous dit Eloi Laurent. En Europe, les doctrines sont parfaitement intégrées : « le Traité dit : la Commission européenne représente l’intérêt général européen, le Conseil représente les Etats et le Parlement représente les peuples. Oui, d’accord, mais la démocratie est où dans ce système ? En un sens elle est partout, en un sens elle est nulle part. » Donc les institutions puisent leur légitimité dans la doctrine, et l’Europe est gouvernée par la doctrine. Par conséquent, vouloir poursuivre sur cette voie dans l’intégration européenne en dotant l’Europe de nouvelles compétences ne reviendrait qu’à donner plus de pouvoir à des technocrates. Il faut une Europe plus politique et plus démocratique.
C’est pour cette raison que les critiques de la France à l’égard de la BCE ne sont pas infondées. Au Etats-Unis, la Fed n’est-elle pas responsable devant le congrès ? Le problème, selon Eloi Laurent, c’est que la France est affaiblie en Europe. Elle est affaiblie parce que depuis 10 ans, elle ne porte plus de projet constructif. L’idée de gouvernement économique, une idée française s’il en est, n’a tout simplement jamais été correctement expliquée. « Si vous dites ‘notre projet c’est de remettre la monnaie dans la main du politique’, personne ne vous suivra en Europe. Si vous dites ‘on va construire une vraie souveraineté européenne qui va nous donner les moyens d’une croissance durable’, pourquoi les gens ne soutiendraient pas cela ? Par contre, il faut l’expliquer, il faut négocier. C’est difficile, c’est tout l’enjeu de la période qui s’ouvre. »
Regarder le quatrième épisode : « l’économie et le projet européen, pour une »Communauté européenne de l’environnement, de l’énergie et de la recherche"


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